Le public se passionne pour un héros du passé

L’un des cycles de Boris Akounine est dédié à Eraste Fandorine.  L’action de Touretsky Gambit (sur illsutration) se déroule en 1877. Crédit photo : kinopoisk.ru

L’un des cycles de Boris Akounine est dédié à Eraste Fandorine. L’action de Touretsky Gambit (sur illsutration) se déroule en 1877. Crédit photo : kinopoisk.ru

Au cours de la décennie écoulée, le cœur des Russes a penché vers un genre littéraire bien particulier : le thriller intellectuel. Les meilleurs représentants du genre, Boris Akounine et l’historien Léonid Iouzefovitch seront sans doute bientôt élevés au rang d’auteurs cultes.

Boris Akounine et Léonid Iouzefovitch ont réussi à charmer la masse des lecteurs avec des intrigues historiques haletantes, et dans le même temps, les intellectuels avec leur style sophistiqué, fait d’allusions intertextuelles et de descriptions historiques détaillées. Et, non moins rare, cette littérature touche également les lecteurs occidentaux.

À la différence de Pouchkine ou de Limonov, Akounine n’est pas lu uniquement par des spécialistes ou des russophiles, il est également connu du lecteur occidental lambda. Leviathan, Bon sang ne saurait mentir ou L’Attrapeur de libellules ont été des bestsellers en France. Moins connus, les livres de Iouzefovitch, Au nom du Tsar, Le Médaillon ou Le Prince mongol, attendent encore d’être découverts. Quatre ouvrages de Iouzefovitch ont été traduits en français.

Aussi mystique qu’ Umberto Eco et Edgar Allan Poe

La particularité de ces livres tient à leur facture de romans criminels : le secret et la révélation sont au cœur du polar. Les sujets de ces textes sont astucieusement fournis et alimentés par les nombreux éléments des pratiques mystiques, religieuses et exotiques. En cela, ils rappellent Edgar Poe et Umberto Eco.

Ces textes se distinguent aussi par la rencontre de l’autre, toujours actuelle en Russie, qu’il s’agisse des Mongols chez Iouzefovitch ou des Japonais chez Akounine. 

En outre, les lecteurs modernes russes affectionnent particulièrement l’époque à laquelle se situent les intrigues, qu’il s’agisse de la Russie ancienne ou de l’époque pré-révolutionnaire.

Réanimer l’époque des stars

Boris Akounine

 

Il a été tour à tour ou simultanément essayiste, traducteur littéraire, et romancier. Сrédit photo : Leemage / East News 

Après la période de vide culturel de l’URSS et la phase suivante de bouleversements, les romans d’Akounine et de Iouzefovitch répondent aux besoins de nombreux Russes de se souvenir des temps de « trou noir » et de lancer un pont vers leur propre passé.

Les faits historiques sont soigneusement entrelacés dans les intrigues ; mythes et légendes prennent vie, les livres respirent l’atmosphère du XIXe siècle, reconstruite avec tendresse, nostalgie et sur la base de connaissances historiques fondées. Cette période n’est néanmoins aucunement idéalisée : les textes tentent de donner une représentation réaliste. 

Dans le même temps, cette représentation, aussi bien chez l’un que chez l’autre, est influencée par une perspective actuelle, par l’attitude actuelle des auteurs. Cet art de traiter le passé offre aux Russes, mais aussi aux lecteurs occidentaux, la possibilité de redécouvrir la Russie. 

Une Miss Marple à la russe

Les héros mêmes de cette littérature sont nouveaux pour la Russie.  

Léonid Iouzefovitch

 

Il est un écrivain, scénariste, et historien. Il est devenu populaire après la parution des romans policiers sur le détective Ivan Poutiline en 2001. Crédit photo : RIA Novosti.

D’un côté, ils sont, comme les héros de romans criminels occidentaux, des génies intellectuels et solitaires, citons juste Sherlock Holmes, Hercule Poirot ou encore Philip Marlowe, ce qui remplit les Russes de fierté : nous avons aussi les nôtres. 

D’un autre côté, tous ces personnages sont très « russes ». Chez Iouzefovitch, il s’agit d’Ivan Poutiline, un enquêteur de la police pétersbourgeoise, qui rappelle de nombreux héros de Dostoïevski, tandis que chez Akounine, on pense à la nonne Pélagie (une Miss Marple russe) ou à Eraste Fandorine, le bourlingueur. Leur idéalisme les réunit, combiné à une bonne dose de réalisme. 

Les héros du roman savent bien qu’ils ne peuvent pas changer la réalité, mais ils font comme s’ils pouvaient. De bons héros ou de naïfs imbéciles ? On ne fait pas vraiment de différence en Russie.

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