Le cœur des Français bat au rythme tzigane

Pétia Ïourtchenko : « La danse, ce n’est pas seulement la technique, tu y laisses entrer ta vie, ton histoir ». Crédit : Maria Tchobanov

Pétia Ïourtchenko : « La danse, ce n’est pas seulement la technique, tu y laisses entrer ta vie, ton histoir ». Crédit : Maria Tchobanov

« Mémoire d’un vieux tzigane » est le nouveau spectacle musical réalisé par le comédien, chanteur et chorégraphe Pétia Ïourtchenko. Interprété brillamment par les danseurs de sa troupe Romano Atmo, il évoque l’histoire tragique d’un peuple en quête éternelle de liberté.

Pétia est professeur de danse. D’origine tzigane, il vit et travaille à Paris. La visite impromptue de son amie de jeunesse, Motia, célèbre chanteuse tzigane avec qui il avait travaillé il y a des années au théâtre Romen à Moscou, fait remonter à la surface bien des souvenirs.

« Depuis longtemps, j’avais l’idée de faire un spectacle rappelant les horreurs vécues par les tsiganes pendant la guerre. On parle beaucoup de l’extermination des juifs, mais les tsiganes, peu s’en souviennent. Mon grand-père me racontait comment les Allemands rassemblaient les tsiganes près de la fosse et les déshabillaient avant de les fusiller. Les femmes et les enfants d’un côté, les hommes de l’autre. Les corps tombaient en vrac et on les enterrait, certains respiraient encore. Ces récits m’ont marqué et j’ai voulu rendre hommage à tous ces gens et raconter leur histoire », explique Pétia.

Le personnage principal du spectacle est en partie autobiographique. Pétia a visité la France pour la première fois en 1988, lors de sa tournée avec le théâtre tsigane Romen de Moscou. Un an plus tard, il fut invité personnellement et revint tenter sa chance dans les cabarets parisiens. Le tout Paris russe l’accueillit les bras ouverts et l’accepta comme l’un des leurs. Il avait un talent inouï, pouvait faire son numéro de danse sur une simple planche tout en chantant tsigane. Les Parisiens se souviennent encore du restaurant russe « Balalaïka », rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, où se produisait le trio « Arbat » dont Pétia faisait partie à l'époque.

En 1994, Pétia obtient la nationalité française, il crée l’association Romano Atmo et devient professeur de danse tsigane. « Mais le théâtre ne m’a jamais quitté, j’ai tout appris sur les planches et il reste essentiel pour moi, c’est ma vie. C’est pour cela que je continue à monter des spectacles avec la participation de mes élèves », raconte Pétia.

Piotr est né à Donetsk et a grandi dans une famille de neuf enfants dans la campagne profonde. Il a perdu sa mère peu avant de terminer l’école . Il se souvient de ce jour où sa soeur qui était partie à Moscou, lui envoya une annonce découpée dans le journal : Théâtre Romen cherche jeunes danseurs. « Alors, je me suis rendu jusqu’au pré où mon père gardait les vaches pour lui demander l’autorisation d’aller passer le concours. Mon père répondit en serrant les dents : « Vas-y, fils ! ». Je lui serais reconnaissant toute ma vie. Le lendemain, ma petite soeur Ninotchka m’accompagna à pied dans la rosée du matin. 6 km jusqu’au bus qui m’amena à la gare pour Moscou. Mes seules chaussures de ville, je les portais à la main pour ne pas les abîmer. Avant le départ, elle me dit: « N’oublie pas. Tu dois devenir un vrai artiste. » Comment pourrais-je oublier ça ? », se remémore Pétia.

Pétia Ïourtchenko a sa propre vision de la danse. « La danse, ce n’est pas seulement la technique, tu y laisses entrer ta vie, ton histoire. La culture tsigane s’est beaucoup imprégnée des peuples parmi lesquels vivaient les tribus. Je suis parfois épaté par mes élèves français qui viennent sans aucune idée de ce que c’est que les tsiganes russes et avec le temps finissent par  penser comme moi. Je les admire, j’ai une troupe formidable. Je suis certain que ce qui attire les Français est ce côté romantique, la philosophie même de la culture tsigane. Mais beaucoup dépend de la manière dont c’est transmis, à quel point tu t’investis. Je pense que mon amour de la danse est contagieux », explique Pétia. Facile à croire lorsqu’on voit ses spectacles dans lesquels ses artistes participent en famille.

Cécile, danseuse de modern-jazz a vu Pétia danser pour la première fois dans un restaurant. Ca a été le coup de foudre. « J’ai décidé d’essayer. Un an plus tard, j’étais du spectacle. Mon mari, qui n’avait jamais fait de danse, a été conquis aussi par cette danse, si masculine. Puis, mon fils de huit ans, Roman s’est joint à nous, et notre fille Milla, qui a assisté aux répétitions depuis sa naissance, a commencé à danser à 5 ans. Notre fils aîné Alexandre n’avait plus d’autre choix que de nous rejoindre », raconte l’une des solistes de Romano Alto.

Maria, une Parisienne d’origine russe, fait partie de la troupe depuis 7 ans déjà. Elle voulait inscrire sa fille de 12 ans au cours et n’a pas pu résister. « Pétia a cette capacité de tirer le meilleur de vous, ce que souvent vous même ne discernez pas. Il voit la beauté de la femme, là où elle est difficile à déceler. Et la femme commence à sentir cette beauté et à l’exprimer. Regardez moi ces Français, il en a fait une vrai tribu de tsiganes ! », s’extasie Maria.

 

«Mémoire d’un vieux tzigane»

Les 7 et 8 février 2013 à 19h30

MPAA Saint-Germain

4, rue Félibien – 75006 Paris

Renseignements / Réservations

01 46 34 68 58

contact@mpaa.fr / reservation@mpaa.fr

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