La Banque centrale russe abaisse de nouveau son taux directeur

Un passant dans le quartier d'affaires Moscow City.

Un passant dans le quartier d'affaires Moscow City.

AP
La Banque centrale russe (BCR) a abaissé son taux directeur de 0,5 points, à 11% annuels. De la sorte, les autorités russes s’efforcent d’améliorer l’attractivité des investissements dans le pays ; mais selon certains experts, cette décision est un compromis. En cas d’un abaissement accru, l’inflation augmentera, alors qu’elle a déjà atteint 15,8%.

La BCR, principal régulateur des marchés financiers du pays, a décidé lors d’une réunion tenue le 31 juillet d’abaisser son taux directeur d’un demi-point à 11% annuels, a déclaré le service de presse de l’institution à RBTH. Cet indicateur détermine à quel taux les banques fourniront des crédits aux entreprises et à la population : traditionnellement, ce taux ne peut pas être inférieur au taux directeur. 

Comme l’explique la Banque centrale, un taux élevé augmente le coût du crédit aux entreprises, ce qui a un impact négatif sur l’attrait des investissements en Russie. Cependant, l’abaissement du taux directeur et l’augmentation des crédits mène à une hausse de l’inflation dans le pays, celle-ci atteignant déjà 15% par an en juillet. De plus, immédiatement après cette annonce, le cours du rouble a commencé à dévisser. « Les risques penchent comme toujours vers un ralentissement sensible de l’économie, malgré cette augmentation des risques inflationnistes », déclare la BCR dans un communiqué.

Causes principales

Comme l’explique Konstantin Korichtchenko, vice-doyen de la Chaire des risques financiers et d’ingénierie financière de l’Académie présidentielle russe d'économie nationale et d'administration publique, et ancien vice-président de la Banque centrale, la décision d’abaisser le taux directeur de 0,5 points symboliques est un compromis. D’un côté, les risques toujours existants liés à un affaiblissement du rouble et à l’inflation qui s’ensuivrait ne permettent pas d’abaisser à nouveau le taux directeur. De l’autre, le ralentissement de l’économie russe exige l’adoption de mesure de stimulation musclées, et en premier lieu en réduisant le coût du crédit, explique Korichtchenko.

« La baisse du taux directeur est la poursuite des efforts de la Banque centrale pour adoucir sa politique monétaire et de crédit, ce qui permettra de rendre le crédit plus accessible, et ainsi de stimuler le développement de l’économie russe », explique Alexeï Kozlov, analyste en chef chez UFS IC. Cependant, selon lui, la BCR est forcée de maintenir un équilibre entre la stimulation de la croissance économique et la possibilité d’abaisser le taux directeur sur fond d’instabilité du rouble.

Selon Anton Soroko, analyste du fond d’investissement Finam, la Banque centrale s’efforce en fait de stimuler l’économie réelle. « Cette décision a été plus motivée par la détérioration de la situation sur les marchés de matières premières, et l’affaiblissement du rouble qui s’en est ensuivi, que par les bons résultats du redressement de l’activité économique », affirme-t-il. En particulier, l’inflation annuelle se maintient à un niveau élevé, et le PIB continue de chuter. C’est maintenant le prix du pétrole qui atteint un record de faiblesse historique, à 52,5 dollars (47,7 euros) le baril.

Conséquences principales

Vers la fin de l’année 2014, la Banque centrale avait brutalement relevé son taux directeur de 9,5 à 17% pour « geler » le crédit dans le pays et mettre fin à la demande de devises étrangères. Cette mesure avait précédé la chute du rouble qui avait vu sa valeur divisée par deux face au dollar américain et à l’euro. Par la suite, le régulateur avait progressivement diminué le taux, de façon à ne pas provoquer d’inflation. Selon Alexeï Kozlov, « les rythmes enregistrés au début de l’année étaient impressionnants, en raison de l’augmentation brutale du taux directeur en décembre 2014, ainsi que de la relative stabilisation du cours du rouble et de l’affaiblissement de la pression inflationniste ». Cependant, comme le fait remarquer l’analyste, la future dynamique du taux directeur dépendra largement de facteurs externes, dont le principal sera la stabilité des prix du pétrole : ce sont ces derniers qui déterminent la stabilité du rouble.

D’après Konstantin Korichtchenko, il n’y a pas de changements majeurs à attendre sur les marchés ou dans l’économie réelle. « L’impact des prix du pétrole, la ‘guerre des sanctions’ et le manque constant de liquidités dans l’économie ne permettront sans doute pas de renverser les tendances actuelles de la croissance, de l’inflation et du cours du rouble », affirme-t-il. Enfin, selon Anton Soroko, la politique monétaire et de crédit continuera de s’assouplir au fil des réunions de la BCR, et le taux directeur se situera aux alentours de 8,5-9,5% à la fin de l’année.

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