Catastrophes en série dans l'armée de l'air russe

Depuis le début de l'été, l'armée de l'air russe a subi sept accidents aériens, dont certains ont même entraîné des morts. Les médias expliquent cette série noire, entre autres, par le fait que la Russie exploite de plus en plus son aviation militaire. RBTH a voulu comprendre la cause d'accidents si fréquents et s'il s'agissait là d'un phénomène systémique.

Version n°1 : des avions trop vieux

Quand un avion s'écrase, les experts évoquent avant tout la question de son âge. La Russie continue en effet d'exploiter des appareils datant de l'Union soviétique. Aujourd'hui, des avions produits dans les années 1970, qui ont donc plus de 30 ans, volent encore.

Parmi tous les avions qui ont subi un accident ces derniers temps, le seul qui était encore relativement neuf était le Su-34, mis en service en 2006. Le MiG-29 était produit jusqu'au début des années 1990, le dernier Tu-95 a été construit en 1992 et la conception des Su-24M a été stoppée en 1993.

Mais l'âge, dans le domaine de l'aviation, n'est pas un indicateur si crucial : l'état de l'avion dépend surtout de la qualité de sa maintenance et de ses réparations.

Version n°2 : mauvaise exploitation et mauvais entretien

La majorité de ces incidents aériens étaient liés à des problèmes de moteurs. Malgré tout, Vladislav Maslov, directeur de la Corporation unifiée de construction de moteurs (ODK), qui s'occupe de les produire et de les réparer, affirme que le ministère russe de la Défense n'a aucune réclamation contre sa compagnie et qu'au contraire, ODK recevait de plus en plus de commandes de réparations. " En 2015, nous réparons six fois plus d'appareils qu'en 2013 ", remarque Maslov.

Le général de brigade Pavel Zolotarev, directeur adjoint de l'Institut des USA et du Canada, explique ces catastrophes par le fait que l'industrie de la défense a longtemps perdu ses cadres et ses financements étatiques, provoquant une chute de la qualité du travail : " Des pièces de contrefaçon pourraient être une cause des accidents ".

Version n°3 : le facteur humain

Alexander Garnaïev, pilote d'essai et Héros de la Fédération de Russie, pense que le facteur humain et l'appauvrissement de la culture technique ont joué leur rôle dans les accidents : " Nous avons perdu le système de respect des standards de production et d'exploitation tant dans le domaine de l'aviation que de l'espace ".

Version n°4 : une coïncidence

Beaucoup de spécialistes pensent que ces accidents sont dus au hasard. " C'est simplement une coïncidence. Par le passé, il arrivait qu'encore plus d'accidents ", pense Vladimir Andreïev, ancien commandant de l'aviation militaire de transport.

" L'été, en Russie, commence la saison intensive d'exploitation de l'aviation et on constate toujours une recrudescence des vols, souligne Igor Malikov, directeur adjoint du centre d'essais aériens et Héros de Russie. C'est pourquoi le risque de catastrophe augmente ".

Le pilote-formateur Andreï Krasnoperov, chef d'escadron, n'est pas de cet avis. " C'est un non-sens. Les moteurs tombent généralement en panne en hiver, quand on ne remplit pas l'avion avec le carburant adapté. Mais pour que toutes les soupapes tombent en panne d'un coup... Un avion peut voler tranquillement sur un seul moteur jusqu'à un minimum de 5 m/s jusqu'à l'aérodrome, ce n'est pas un problème ".

Le gouvernement russe, en la personne du vice-premier ministre Dmitri Rogozine, s'est montré préoccupé par cette série de catastrophes aériennes dans l'armée de l'air. Ce dernier a demandé à ce que toutes les informations sur leurs causes soient fournies au gouvernement.

" Il faut prendre une décision. Il y en a trop, et trop souvent. Je pense que le problème est à chercher du côté de l'exploitation de la technique ", conclut-il.

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