L'argot des férus de la bourse: ces surnoms donnés par les investisseurs russes à leurs actions

Kira Lissitskaïa (Photo: Shapecharge/Getty Images, Pixabay, Unsplash)
Sur les réseaux sociaux, où les investisseurs russes discutent du marché boursier, surgissent régulièrement des «élans» à «dépecer», décollent des «fusées», et apparaissent d’affectueux prénoms masculins et féminins.

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- Les gars, qu'est-ce qui se passe avec Fedia aujourd'hui ?

- Une fusée, j'espère!

- Et qu'en est-il de Galia ?

- Dépece l'élan avant qu'il ne soit trop tard. Regarde plutôt Zinka !

Ce type de dialogue entre investisseurs russes est souvent visible sur les réseaux sociaux à l'approche d'une séance de négociation.

De plus en plus d'investisseurs privés font leur apparition en Russie. Le nombre de ceux possédant un compte à la Bourse de Moscou, la plus grande du pays, a presque quadruplé entre 2019 et le troisième trimestre 2021, pour atteindre plus de 15 millions.

Le fort afflux d'investisseurs est dû à plusieurs raisons :

  • les dépôts bancaires sont devenus moins rentables,
  • les maisons de courtage et les banques ont mené d’actives campagnes publicitaires,
  • la population économiquement active a disposé de beaucoup de temps libre pendant la pandémie.

Or, les investisseurs ne se contentent pas d'acheter des actions et d'autres instruments, ils en discutent vigoureusement sur les réseaux sociaux, en utilisant un nouvel argot.

Ces actions américaines aux prénoms féminins russes

Richard Branson posant à bord d'une réplique d'un vaisseau Virgin Galactic en juin 2012

Virgin Galactic, entreprise américaine prévoyant de réaliser des vols spatiaux à but touristique et de mettre en orbite des satellites artificiels, est l'un des titres américains les plus discutés sur le marché russe. Elle a fait l'objet d'un débat particulièrement animé cet été, à la veille du vol de Richard Branson. Chez les investisseurs russes, elle porte le prénom de Galia, ou Galina.

Pourquoi les investisseurs appellent-ils Virgin Galactic ainsi et inventent-ils des prénoms pour les actions ? Tout d'abord, il est peu pratique de changer de langue sur le clavier lorsque l'on tape rapidement un message. Il est donc beaucoup plus facile d'écrire « Galia », qui est consonant avec le deuxième mot du nom de la société, « Galactic ». Deuxièmement, lorsqu'un investisseur « entre dans l’action de toute sa kotleta » (autre expression argotique d'investisseur, une kotleta étant une boulette traditionnelle de viande), c'est-à-dire qu'il investit la totalité ou une partie importante de son argent dans l'action (ce que les débutants ont tendance à faire), cette dernière devient pour lui quelque chose de proche, de familier, qui doit donc avoir son propre nom.

Lire aussi : Pourquoi les Russes ont-ils besoin de 3 prénoms? Et comment les utiliser?

Un autre prénom féminin russe a été donné à une favorite des spéculateurs – la petite société pharmaceutique Zynerba Pharmaceuticals Inc. Le diminutif Zina/Zinka (ou la version complète Zinaïda) y a été probablement attaché en raison du code mnémonique ZYNE. Il convient toutefois de préciser qu'un fabricant de dispositifs médicaux, Zynex Medical, peut également être surnommé « Zina ».

Enfin, l’on trouve « Massia », qui ressemble au nom de la chaîne de magasins américaine Macy's. En russe, Massia est un diminutif affectueux pour les prénoms commençant par la syllabe « Ma » (Maria ou Maxim par exemple). Il peut également être utilisé avec tendresse pour désigner un enfant (les mots « massienki » et « malenki » (petit) possédant une sonorité proche), un être cher ou même un chat.

Un monde masculin : FedEx, Nasdaq et S&P 500

Aux côtés de ces dames, se tient Fedia (diminutif de Fiodor), c'est-à-dire le service de livraison de FedEx Corporation.

Par ailleurs, les investisseurs craignent l'arrivée du redoutable oncle Kolia (diminutif de Nikolaï), alias Kolia Morjov. Son nom vient de l'expression anglaise « Margin Call » et n'est pas de bon augure pour les investisseurs, puisqu'il s'agit de la fermeture forcée de positions déficitaires lorsque l'on négocie avec des fonds empruntés.

À ce propos, les pertes sont appelées « élan » (l’animal, лось/los en russe) dans l'argot russe des investisseurs, par consonance avec le mot anglais « loss » (perte). Le terme « dépecer l’élan » est par conséquent utilisé pour désigner la fermeture d’une position non rentable. Au contraire, une « fusée » est une augmentation fulgurante de la valeur d'un titre.

Les investisseurs russes ont en outre trouvé un surnom à consonance similaire pour la bourse américaine spécialisée dans les actions des sociétés de haute technologie : le Nasdaq est devenu « Najdak », nom russe de l’émeri, matériau abrasif utilisé pour le polissage. L'indice boursier S&P 500, qui regroupe les 500 sociétés ayant la plus haute capitalisation de la bourse américaine, est quant à lui appelé « Si-pi » ou « siply » (sifflant), un terme utilisé pour décrire une voix possédant cette caractéristique.

Dans cet autre article, nous vous présentions comment des Russes partent en guerre contre les anglicismes et autres emprunts linguistiques.

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