À la rencontre de la footballeuse russe de la « liste de Messi »

27 octobre 2016 Alexeï Mosko
Ses tatouages feraient pâlir d’envie Beckham et sa verve Zlatan Ibrahimovitch. La footballeuse russe Nadejda Karpova est la seule femme dans l’équipe dejeunes talents de Lionel Messi.
Nadya Karpova
Nadia Karpova. Crédit : Grigoriy Sisoev/RIA Novosti

Toute sa vie c’est le football, les tatouages, son chat et son lévrier Louis. À 21 ans, Nadejda Karpova est la meilleure marqueuse du championnat du Russie et la principale attaquante de l’équipe nationale. En octobre, elle a été sélectionnée parmi les 10 jeunes joueurs les plus talentueux du monde selon Lionel Messi, recevant des crampons signés par l’attaquant argentin du Barça.

Karpova, la seule femme dans la liste de Messi, va maintenant raconter sa vie et ses succès dans une série de vidéos sur YouTube. Elle ne manquera sans doute pas d’histoires trépidantes : dans le monde impitoyable du football féminin russe, seules les plus enthousiastes survivent.

 « Prête à me laver à l’eau froide »

« Quand j’étais petite, je n’aurais jamais pensé que les filles jouaient au football. Je me souviens que je me couchais le soir en pensant que ça serait vraiment super. J’ai été voir ma mère pour lui demander où est-ce qu’on peut en faire. Elle m’a dit, nulle part », a-t-elle indiqué dans un entretien à Eurosport. Les parents de Nadejda n’avaient pas prévu qu’elle se consacrerait au football. Elle a tout fait elle-même : à 15, elle quitte la maison à la poursuite de son rêve : cette fille qui jouait au ballon avec les garçons a été remarquée et invitée à l’académie de la Réserve Olympique. La jeune fille quitte l’école et déménage de sa ville natale de Iaroslavl (265km au nord-est de Moscou) à Zvenigorod (65km à l’ouest de Moscou). « J’ai dit à Maman : je m’en vais, elle m’a répondu non, tu dois finir l’école, aller à l’université. Non, non, je lui dis, je dois y aller ».

Nadejda Karpova. Personal archive

Nadejda Karpova.

Nadejda Karpova.

Nadejda Karpova.

 
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Le rêve s’avéra amer : il lui fallut vivre dans des préfabriqués de chantier, ce qui ne la dissuada pas. « Je trouvais ça marrant. Tu ne fais rien à part jouer au football. On m’avait même expliqué qu’on pouvait en vivre. Bien sûr que je reste [décida Nadedja], je suis prête à me laver à l’eau froide et tout », confie-t-elle. 

« Si mon père ne m’aidait pas, je crèverais de faim »

 

Se faire une place dans le football professionnel s’avéra difficile. Après ses études, le club de l’académie, Rossiyanka, proposa à Nadejda, qui jouait alors déjà dans l’équipe jeunes de Russie, 9 000 roubles (120 euros) par mois. Ce furent les représentants d’un autre club, Zorky, qui la sauvèrent de la misère en la payant trois fois plus cher. Mais cet argent ne suffisait de toute façon pas pour quoi que ce soit. « Je ne peux rien m’acheter avec l’argent que je gagne au football, a raconté Nadjeda dans une interview à Eurosport en 2014. Je peux m’acheter une carte de métro. Si mon père ne m’aidait pas, je crèverais de faim ».

Durant ces deux ans, Nadedja fait des débuts remarqués dans l’équipe nationale et est en tête des marqueurs du championnat russe 2016 dans l’équipe Chertanovo de Moscou. Cependant, la star du football féminin russe vit toujours modestement, comme tout le football féminin en Russie, qui paie 3 000 roubles (40 euros) de prime pour une victoire, et dont les joueuses en déplacement s’entassent dans les wagons de troisième classe.

« Les salaires des hommes, on n’en rêve même pas. Je ne veux même pas entendre parler de ces sommes. Qu’est-ce que… je pourrais faire de 50 000 dollars ? Rien de bon… J’irais faire la fête, je perdrais la raison. Il me semble que c’est ce qui arrive à tous ceux qui reçoivent des sommes pareilles », affirme Nadejda.

Un maillot par saison

 

Tribunes vides et décaties, locaux antédiluviens et pauvreté : telle est la triste réalité du championnat russe de football féminin. « Il n’y a que des fanatiques, qui adorent le football. Elles n’ont pas le temps de penser au fric, parce qu’elles n’en ont pas. Personne ne va dépenser de l’argent pour le football féminin, raconte avec pessimisme la jeune femme. Même en équipe nationale russe, le maillot que j’utilisais avait déjà été porté par une autre joueuse dans un match précédent. Parfois, les supporteurs me demandent de signer mon maillot et de le leur offrir, et moi j’ai honte de leur répondre que je ne peux pas, parce que je n’en ai qu’un seul pour toute la saison ».

Des tatouages de Dieu et de son chat

Si vous avez l’intention de regarder jouer l’équipe de Russie, vous reconnaîtrez surtout Nadejda Karpova à sa façon « à la Balotelli » de célébrer ses buts et à ses tatouages.

La numéro 6 de l’équipe nationale est couverte de tatouages, et elle les partage avec plaisir avec ses abonnés sur Instagram. Le premier était la phrase russe « Dieu voit tout », et l’un des derniers représente son chat.

Sources : sports.ru et Eurospot

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