La Crimée veut devenir une nation de football à part entière

30 novembre 2016 Alexeï Mosko
La péninsule que se contestent la Russie et l’Ukraine organise depuis déjà deux ans son propre championnat de football. Elle a même créé sa propre équipe nationale en novembre 2016.

Crimée, 2015. Crédit : ReutersCrimée, 2015. Crédit : Reuters

Que s’est-il passé ?

Le 21 novembre, l’Union de football de Crimée a annoncé la création d’une équipe de football de la péninsule. La nouvelle équipe a déjà son entraîneur, l’ancienne star du football soviétique, Valery Petrov, qui dirigeait récemment le Tavria de Simféropol. La Crimée a annoncé que l’équipe sera prête à disputer ses premiers matches amicaux dès le mois de mars.

La Crimée n’est pas un Etat indépendant. Comment peut-elle avoir une équipe nationale ?

Une telle situation est théoriquement possible. Par exemple, l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord disposent de leurs propres équipes sans être des États indépendants puisque ces nations constituent le Royaume-Uni. Dans le même temps, leurs fédérations de football (FA, FA Wales, FA Scotland, IFA) sont membres de plein droit de l’UEFA.

L’UEFA reconnaîtra-t-elle l’équipe de Crimée ?

Non, même si l’UEFA a déjà créé des conditions spéciales pour le football de Crimée. La péninsule dispose depuis 2015 de sa propre fédération, l’Union du football de Crimée, membre de l’UEFA avec des conditions particulières.

Quelles sont ces conditions particulières ?

Les évènements de mars 2014, au moment où la Crimée a été de facto rattachée à la Russie, ont mis les clubs de football professionnels de la péninsule dans une situation difficile. Les deux équipes représentant la Crimée au sein de la première division ukrainienne, le Tavria de Simferopol et le club de Sébastopol, ont disputé leurs matches de championnat régulier jusqu’en mai 2014 mais une partie des matches qui auraient dû être joués à domicile ont dû être organisés à l’extérieur, en raison du refus de leurs adversaires de se rendre en Crimée. Après la fin du championnat 2014, ces deux clubs, comme tous les autres clubs de Crimée jouant dans les divisions inférieures, ont été dissous.

Ces équipes ont ensuite été recréées, mais sur des fondements juridiques russes, et intégrées dans les divisions inférieures du championnat de Russie. Dès décembre 2014, l’UEFA a réagi à cette situation en interdisant à ces clubs de participer à des matches officiels sous l’égide de l’Union russe de football (RFS). L’organe faîtier du football européen s’est basé sur le fait que l’ONU ne reconnaissait pas la Crimée comme faisant partie de la Russie pour motiver sa décision.

Même si cela entraînait concrètement la fin du football professionnel en Crimée, la RFS et l’UEFA ont négocié, en janvier-février 2015, l’octroi d’un statut spécial à la Crimée au sein de l’UEFA pour préserver le football dans la péninsule. Une fédération de football indépendante fut alors créée, l’Union de football de Crimée, et cette dernière a commencé à organiser son propre championnat qui comprend huit clubs. En juin 2015, l’UEFA a officiellement reconnu l’Union de football de Crimée.

La Crimée disposant de sa propre fédération de football au sein de l’UEFA, la création d’une équipe nationale serait-elle logique ?

En théorie, oui. Cependant, le cas de la péninsule est particulier. L’Union de football de Crimée dispose d’un statut spécial au sein de l’UEFA. Elle a le droit d’organiser son propre championnat, mais son vainqueur n’est pas invité à participer aux championnats européens. Il n’a pas non plus été question d’une équipe nationale de Crimée.

Les chances que l’UEFA reconnaisse l’équipe de Crimée sont pratiquement nulles, estime le juriste spécialisé dans le droit du sport, Valery Fedoreïev. Selon lui, le fait que l’UEFA ait autorisé la création d’une fédération séparée sur le territoire contesté ne signifie pas que la Crimée sera reconnue comme un sujet de football à part entière.

Les dirigeants de l’Union de football de Crimée prévoient, eux, de devenir membres de l’UEFA en 2018, faisant appel au précédent de la reconnaissance officielle en mai 2016 de l’équipe du Kosovo. Pour Valery Fedoreïev cet argument est trop faible. « Le Kosovo est un État indépendant reconnu par la majorité des pays membres de l’ONU. La situation de la Crimée est très différente », a-t-il confié à RBTH.

L’équipe de Crimée pourra-t-elle jouer des matches officiels ?

Non, il lui faut pour cela la reconnaissance de l’UEFA. Pour l’instant, la seule équipe à accepter de jouer un match amical avec l’équipe de Crimée est celle d’Abkhazie, un pays reconnu seulement par la Russie, le Venezuela, le Nicaragua et Nauru. La Géorgie considère que l’Abkhazie, tout comme l’Ossétie du Sud, fait partie de son territoire.

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