Pourquoi les entraîneurs étrangers quittent la Russie

15 novembre 2016 Indira Chestakova
Les entraîneurs étrangers ont mené de nombreux sportifs russes à la victoire aux JO-2014 de Sotchi.Deux ans après leur triomphe, la Russie n’a plus d’argent pour les payer.
Viktor An celebrates after winning gold
Les entraîneurs russes seront-ils à la hauteur des meilleurs entraîneurs étrangers ? Sur la photo : le sud-coréen naturalisé russe Viktor An. Crédit : Vladimir Smirnov / TASS

Lors des JO d’hiver de Sotchi en 2014, la Russie a remporté une nette victoire au classement général, avec 13 médailles d’or, 11 d’argent et 9 de bronze. Ce succès sportif n’était pas uniquement dû au talent des athlètes, mais aussi à de nombreux spécialistes étrangers présents en Russie.

Par exemple, l’entraîneur suisse de ski de fond Reto Burgermaster a mené ses poulains Alexandre Legkov et Ilya Chernoussov à l’or et au bronze en 50 km départ groupé. Le Français Sébastien Cros a fait découvrir aux Russes le short-track,  peu populaire jusqu’alors: sous sa direction, le sud-coréen naturalisé russe Viktor An a donné un second souffle à sa carrière et a remporté à Sotchi trois médailles d’or et une de bronze. Le champion a tiré vers le haut toute l’équipe masculine, qui a remporté l’or en relais.

Le bobsleigh et le skeleton ont eux aussi bénéficié de l’influence de spécialistes étrangers : le canadien Pierre Lueders a réconcilié le pilote russe Alexandre Zubkov avec son concurrent Alexeï Voevoda pour leur faire remporter deux médailles d’or à Sotchi, et l’allemand Willy Schneider, entraîneur de skeleton, a fait d’Alexandre Tretyakov un champion olympique et d’Elena Nikitina une médaillée de bronze.

Les caisses vides

Cependant, deux ans après les victoires de Sotchi, les champions ont dû se séparer de leurs entraîneurs. Il n’y a plus d’argent pour se payer d’onéreux spécialistes étrangers. Cros a été le premier, à l’été 2016, à annoncer la fin de son travail en Russie pour des raisons financières.

Puis ont été révélés des retards de paiement de plusieurs mois concernant Lueders, Burgermeister et la physiothérapeute travaillant avec lui, Isabelle Knaute, et Shneider. Ce dernier a annoncé malgré un an d’arriérés de salaire qu’il était toutefois prêt à rester à son poste si la somme due lui était payée.

L’arrêt du financement a été si douleureux que le Comité olympique russe a dû secourir les fédérations engluées dans les dettes, payant une partie de leurs honoraires aux spécialistes étrangers. Cependant, une partie des questions financières reste en souffrance.

Les entraîneurs russes seront-ils à la hauteur ?

Des spécialistes russes prendront la place des étrangers sur le départ. Après le départ de Cros, le Russe Andreï Maximov est devenu entraîneur principal de l’équipe russe de short-track. Le bobsleigh n’échappera sans doute pas non plus aux bouleversements : le 6 octobre, Alexandre Zoubkov, dirigeant de la fédération après la fin récente de sa carrière, a annoncé le départ définitif de Lueders.

D’autres sports vont aussi devoir cesser de vivre au-dessus de leurs moyens et faire confiance aux entraîneurs locaux. Seul le ski de fond fera exception, car beaucoup dépend de l’entraîneur personnel du sportif. Legkov, le champion de Sotchi, travaille de façon individuelle avec l’allemand Marcus Kramer.

Les entraîneurs russes seront-ils à la hauteur des meilleurs entraîneurs étrangers ? Ivan Skobrev, médaillé olympique à Vancouver et champion du monde de patinage de vitesse, a fait remarquer dans une interview à RBTH qu’à son époque, il était impossible de se distinger dans de nombreux sports sans entraîneurs étrangers. Cependant, selon lui, la situation a aujourd’hui changé.

« La mission [des entraîneurs étrangers] a été remplie. Maintenant (…) nos hommes, qui ont travaillé sous leur direction peuvent faire leurs preuves. Il y a du temps avant les prochains Jeux olympiques. À la fin de cette saison, on saura si nous avons assez de cerveaux et reçu assez de connaissances, ou pas. À mon avis, nous sommes prêts », a déclaré Skobrev à RBTH.

Svetlana Jourova, championne olympique de patinage de vitesse et députée de la Douma, fait remarquer qu’il ne faudra à l’avenir inviter que des entraîneurs étrangers prêts à former des spécialistes locaux. « Il faut bien comprendre que si un entraîneur étranger ne partage pas ses méthodes, ne donne pas ses secrets et ne laisse rien à l’équipe, il ne nous sert pas à grand-chose , affirme Jourova à RBTH. Si nos entraîneurs ont l’opportunité de découvrir les méthodes étrangères, de les associer aux leurs et de créer quelque chose de nouveau, alors d’accord ».

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