Raid contre une base aérienne en Syrie: comment réagira le Kremlin?

7 avril 2017 Artem Koureev
Contrairement à son prédécesseur Barack Obama, le nouveau dirigeant américain Donald Trump a montré le 7 avril qu’il était prêt à prendre des mesures extrêmement dures en Syrie. Le raid contre la base aérienne d'al-Chaaryate a engendré des pertes minimes, mais le monde s’interroge désormais sur la réponse de Moscou, principal allié de Damas.
Opinion
missile strike against Syria
L’événement fait basculer le conflit syrien dans une nouvelle ère. Les inconnues sont nombreuses. Crédit : Reuters

Les déclarations de certains experts, pour lesquels le raid contre la base aérienne serait une « réponse émotionnelle » de Trump, ne reflètent guère la réalité. Le moment a été trop bien choisi et le risque de conflit direct avec la Russie a été réduit au minimum. Ainsi, le commandement russe avait été prévenu de l’attaque, ce qui a permis à ses alliés syriens de procéder à l’évacuation du site militaire et d’éviter les pertes réelles.

Tout cela témoigne du caractère politique de l’opération qui coïncide opportunément avec la visite aux États-Unis du président chinois Xi Jinping. Par ailleurs, Trump montre au monde entier la détermination qui, d’après ses déclarations, faisait défaut à Obama. Le Kremlin, en revanche, a dû choisir comment réagir à l’agression directe visant son allié.

Ce raid direct des États-Unis contre les troupes fidèles à Assad, le premier de toute la guerre civile en Syrie, modifiera de fond en comble l’équilibre des forces dans la région et anéantira les succès atteints en 18 mois par l’armée gouvernementale syrienne avec le soutien de l’allié russe. Une guerre de « tous contre tous » a, de fait, commencé en Syrie.

Rappelons que le Kremlin a toujours estimé que la stabilité dans la région ne pouvait être atteinte qu’après la reprise des territoires occupés par l’opposition modérée et radicale par les autorités de Damas. Les frappes ayant fait voler en éclats tous les accords sur la Syrie, Assad a désormais les mains libres pour intensifier sa lutte contre tous les groupes d’opposition.

Cependant, l’armée gouvernementale syrienne, épuisée par cinq ans de combats, n’en est pas capable. Par ailleurs, le renoncement temporaire à la coordination des missions de la coalition occidentale en Irak et de l’armée russe en Syrie, qui découlera manifestement du raid américain, pourrait précipiter la contre-offensive de Daech.

Donald Trump. Crédit : APDonald Trump. Crédit : AP

En outre, Damas agira désormais sous la menace de nouveaux raids américains, cette fois plus efficaces. Avec le soutien des moyens de défense aérienne russe, Assad pourrait facilement minimiser les conséquences de tels raids, mais cela entraînerait une confrontation ouverte entre les États-Unis et la Russie. Le scénario d’un tel conflit rappellerait les événements au Vietnam, où les artilleurs antiaériens soviétiques abattaient des avions américains.

En l’absence de preuves réelles de l’utilisation d’armes chimiques par Damas, Moscou en appellera évidemment au droit international dans l’intérêt de son allié, mais ne peut guère compter sur un soutien substantiel.

De plus, la démonstration de force de Washington renforcera la conviction de ses alliés selon laquelle faut continuer à faire pression sur Assad, exiger son départ et parvenir à la création d’un gouvernement de transition. Ce scénario, qui signerait l’échec de Moscou, est inacceptable pour le Kremlin. Ainsi, la seule réponse qui reste à la Russie est d’accroître son soutien à Damas et d’ assurer la sécurité de l’espace aérien sur l’ensemble du territoire syrien. Cela rapprocherait considérablement le monde d’un nouveau conflit mondial.

Néanmoins, le refus d’utiliser les systèmes de défense antiaérienne lors du raid contre la base aérienne fait penser à une sorte de « raid concerté », ce qui montre la réticence de Washington et de Moscou d’aggraver sensiblement les relations. Le Kremlin et Damas ont aujourd’hui besoin d’un succès tangible dans la lutte contre les islamistes radicaux et l’opposition, qui témoignerait de l’endurance politique du régime d’Assad et de la détermination du Kremlin à lui apporter son entier soutien.

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L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.
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