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Un tatouage pour aider les femmes battues à effacer leur passé

RBTH évoque l’histoire d’Evguenia Zakhar de Bachkirie (Oural méridional) qui réalise des tatouages gratuits aux victimes de violences domestiques. Les femmes quittent son salon avec l’espoir d’une nouvelle vie.
Par Maria Azhnina, Anastasia Karagodina

Le 7 février, le président russe Vladimir Poutine a signé une loi sur la violence domestique, qui jusqu’ici relevait du code pénal et devient désormais un délit administratif. Ceci vaut toutefois uniquement si le délit est commis pour la première fois. Aucune des lois adoptées ces dernières années n’a suscité de réaction aussi vive tant de la part des experts du droit que du côté de l’opinion. Certains affirment que la nouvelle loi banalise la violence domestique qui n’entraînerait pas de graves conséquences pour la santé des victimes.

En Russie, environ 40% des crimes graves liés à la violence sont commis en famille, indique le journal Rossiyskaya Gazeta. La majorité écrasante des victimes de la violence domestique parmi les adultes, 93%, sont les femmes. Tous les jours, 36 000 femmes sont battues par leurs conjoints. Plus de 14 000 femmes par an sont tuées par un membre de la famille.

Evguenia Zakhar aide gratuitement les victimes à tourner la page des violences domestiques.

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

« Je m’occupe de tatouages depuis dix ans. La vie de tatoueur est joyeuse, on fait souvent la fête et on ne s’encombre pas de soucis, raconte Evguenia. Mais un jour je suis tombée sur un article consacré à Flavia Carvalho, une Brésilienne qui réalise des tatouages pour camoufler les traces de coups. Ça m’a emballée ».

« Virevoltant dans mon monde pacifique et joyeux, je ne pouvais même pas penser qu’un si grand nombre de femmes soient victimes de violences », a-t-elle fait remarquer.

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

Après avoir reçu une centaine de clientes, elle a réalisé que ces femmes venaient pour lui raconter leur histoire et tourner la page en refermant la porte du salon.

Evguenia essaie de devenir amie avec ses clientes. « Je crois que j’y arrive, confie-t-elle. Nombreuses sont celles qui reviennent pour m’apporter des bonbons ou simplement pour faire un brin de causette. Elles me disent : Tu nous as fait mal pendant deux heures afin qu’on puisse oublier la douleur qu’on a endurée pendant des années ».

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

Evguenia a reçu des lettres de tous les coins de la Bachkirie. Toutes jeunes ou d’âge mûr, calmes ou énervées, les auteures avaient un point en commun : la douleur. « Chacune de ces femmes disait qu’elle n’en pouvait plus de voir ses cicatrices rappelant le jour où son bien-aimé a levé la main sur elle ».

« En 2009, mon ex et son ami sont venus me chercher au bureau et m’ont emmenée dans la forêt où ils m’ont mis des coups de couteau. J’étais enceinte… Heureusement que les médecins ont réussi à sauver non seulement ma vie, mais aussi celle de mon enfant », a raconté l’une des clientes, Victoria.

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

« J’ai demandé conseil à Evguenia et nous avons décidé de tatouer un papillon, symbole de la réincarnation chez de nombreux peuples, a-t-elle poursuivi. Ce matin, un bouquet de fleurs m’attendait sur le rebord de la fenêtre. Sans aucun mot. Je pense que c’est bon signe ».

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

« Je fréquentais un jeune homme et on envisageait de se marier. Mais un jour il est rentré ivre et m’a battue à coups de pied, dit une autre femme. J’ai pris mes affaires et je suis rentrée chez maman, puis je suis partie pour une autre ville. J’avais toujours mal… Je suis allée voir le médecin qui a constaté la présence d’hématomes dans le ventre et la poitrine. J’ai été opérée  ».

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

Du passage à tabac, cette femme a gardé de nombreuses cicatrices. En outre, elle n’aura jamais d’enfant. « J’ai du mal à avoir une relation, car j’ai honte de me déshabiller et encore plus de raconter mon histoire. Je voulais effacer les mauvais souvenirs avec ces tatouages », a-t-elle noté.

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

« Il y a deux ans, mon mari m’a mis un coup avec un couteau de cuisine. La plaie était très profonde, le foie était touché et j’avais une hémorragie interne. Je suis reconnaissante aux médecins, mais je garde de vilaines cicatrices », raconte  une autre cliente d’Evguenia remémorant ses horribles souvenirs. La femme n’a pas porté plainte contre son mari.

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

« Il m’a demandé de revenir, j’ai essayé de vivre avec lui pendant un certain temps, mais je n’ai pas pu. Il n’a pas reconnu ses torts. Il affirme qu’il ne se souvient de rien et que je me suis blessée moi-même avec un couteau ». Aujourd’hui, tout va bien pour elle, mais ses cicatrices l’empêchent d’oublier le jour le plus terrible de sa vie. Pour les cacher, elle s’est adressée à Evguenia.

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

Nadejda, une autre cliente, était en couple avec un homme difficile à vivre. Mais un jour son conjoint a dépassé toutes les limites : il l’a empoignée et la jetée sur le lit avant d’écraser des mégots sur sa peau et de lui porter des blessures avec un cutter. « J’ai eu besoin de cinq séances pour recouvrir de tatouages toutes ces cicatrices. Et il en reste encore plusieurs », a noté Evguenia.

Crédit : Vadim Braydov	Crédit : Vadim Braydov

Bien que le prix de chacun des tatouages varie entre 33 et 66 euros, Evguenia refuse d’accepter de l’argent de la part de ces femmes. « Je suis comme ça, c’est la faute à papa et maman, explique-t-elle. Ceux qui ont des ressources feront des tatouages payés. Mais ces femmes n’ont sans doute pas beaucoup d'argent superflu  ».

La liste des  tatouages à réaliser gratuitement compte environ 200 commandes. « Malheureusement, la violence, c’est comme la guerre, elle existera éternellement », conclut l’experte de tatouages.

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16 février 2017
Tags: problèmes sociaux, femmes, russie

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