Attaque chimique en Syrie: ce qui s’est passé à l’Onu

La Russie a de nouveau opposé son veto au Conseil de sécurité des Nations unies à un projet de résolution condamnant le régime du président syrien Bachar el-Assad et l’attaque chimique du 4 avril dernier qui lui est attribuée. Le document a été réexaminé à la lumière des bombardements américains du 7 avril en Syrie et de la rencontre des ministres des Affaires étrangères russe et américain. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, et son homologue américain, Rex Tillerson, ont déclaré qu’ils s’étaient entendus pour étudier la situation, mais la réunion à l’Onu a été plongée dans une ambiance de confrontation.
Russian Deputy Ambassador to the United Nations Vladimir Safronkov
Vladimir Safronkov, l’ambassadeur adjoint de la Russie à l’Onu, vote contre le projet de résolution condamnant le gouvernement syrien. Crédit : Reuters

Que dit la résolution ?

Le document a été soumis au Conseil de sécurité par trois pays : la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne. Il évoque l’emploi supposé de l’arme chimique dans la localité de Khan Cheikhoun (gouvernorat d’Idlib) le 4 avril dernier.

Un rapport du gouvernement américain affirme que le gouvernement de Bachar el-Assad a utilisé le gaz sarin « contre l’opposition pour empêcher la perte d’un territoire jugé critique pour sa survie ». Les services secrets américains affirment que l’attaque a fait entre 50 et 100 victimes parmi les civils. Washington est certain que ce n’est pas une action montée de toutes pièces par l’opposition.

Le projet de résolution exigeait que les autorités syriennes dévoilent toutes les informations sur les opérations aériennes le jour du drame à Khan Cheikhoun. Damas devait notamment citer les noms « des commandants de tous les aéronefs », organiser des rencontres avec eux et ouvrir l’accès aux bases militaires éventuellement concernées.

En cas de confirmation des soupçons, la Syrie aurait été frappée de sanctions et l’emploi de la force militaire contre le pays aurait été autorisé.

Résolution rejetée : pourquoi ?

Le mercredi 12 avril, la résolution a été votée par dix membres du Conseil de sécurité. La Russie et la Bolivie s’y sont opposées. Trois autres membres – la Chine, l’Éthiopie et le Kazakhstan – se sont abstenus. Le projet de résolution a été soutenu par la majorité nécessaire à son adoption, mais la Russie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, a usé de son droit de veto.

Matthew Rycroft, ambassadeur de Grande-Bretagne à l’Onu, a accusé la Russie « d’abuser de son droit de veto » pour défendre le gouvernement syrien. Vladimir Safronkov, l’ambassadeur adjoint de la Russie aux Nations unies, a déclaré que Londres était « au service des intérêts des groupes armés, dont bon nombre massacrent les chrétiens et les autres minorités au Proche-Orient ».

Vladimir Safronkov. Crédit : ReutersVladimir Safronkov. Crédit : Reuters

Que pense Moscou de la résolution ?

La Russie s’élève contre cette résolution qu’elle qualifie d’« inopportune ». L’adopter « signifierait pratiquement légitimer » la frappe aux missiles des États-Unis contre la Syrie, qui a été effectuée en violation du droit international, avant toute enquête, et sans sanction du Conseil de sécurité, a précisé Vladimir Safronkov en expliquant la position de Moscou.

Il a fermement réagi aux paroles de Matthew Rycroft qui a affirmé que Moscou accordait « un soutien impudent » au gouvernement d’Assad « qui est un assassin et un criminel » et que Moscou avait « perdu la confiance », bien que le Kremlin puisse encore changer d’avis.

« Tout ça – et nombreux aux Nations unies le savent –, parce que vous avez peur, parce que vous avez perdu le sommeil en nous voyant coopérer avec les États-Unis. Vous le redoutez et vous faites tout pour torpiller une telle coopération », a indiqué Vladimir Safronkov en s’adressant directement au diplomate britannique. Et de l’interpeller en le tutoyant : « Regarde-moi, ne baisse pas les yeux. Pourquoi baisses-tu les yeux ? ».

Un peu plus tard, le Kremlin a déclaré qu’il n’estimait pas inacceptable le discours de son ambassadeur adjoint. « Il n’a rien dit d’offensant. <…> La mollesse risque d’avoir des conséquences désastreuses à l’avenir », a souligné le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov.

La Russie a rejeté la résolution. A-t-elle proposé quelque chose d’autre ?

Outre la résolution de la France, des États-Unis et de la Grande-Bretagne, le Conseil de sécurité s’est vu soumettre deux autres projets dont l’un était une version « de compromis » de la résolution proposée au final par les trois pays.

Dans ce projet, l’exigence d’accorder toutes informations sur les vols et d’ouvrir l’accès aux bases militaires était remplacée par un appel à « coopérer pleinement » avec le groupe d’enquête et les Nations unies.

Le troisième projet a été avancé par la Russie, qui proposait de lancer une enquête « au lieu de citer les coupables avant même d’avoir établi les faits ». Moscou suggérait de dépêcher à Khan Cheikhoun des experts de l’Onu et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Quelles conséquences ?

Sans doute aucune. Il s’agit du huitième veto déposé par la Russie au Conseil de sécurité contre une résolution sur le conflit syrien. Les sept précédents n’ont eu aucune retombée sérieuse.

« La tribune des Nations unies est depuis longtemps convertie en grand forum permettant d’énoncer ses idées, une sorte de Speakers' Corner de Hyde Park (lieu de Londres où les orateurs peuvent librement exprimer leur pensée, ndlr) à l’échelle internationale », a indiqué à RBTH Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique.

Selon lui, l’Onu adopte de moins en moins de décisions importantes, bien que ce soit encore un mécanisme nécessaire.

«  Nous savions d’avance qu’il (le projet de résolution) ferait l’objet d’un veto. Une question s’impose alors : pour quoi faire ? », a demandé lors de la réunion le représentant de la Bolivie, supposant que c’est un levier dont fait usage l’Occident afin d’influer sur les négociations entre la Russie et les États-Unis.

Pourtant, ce n’est qu’une « vaste illusion », même si certains des partenaires occidentaux estiment qu’en isolant la Russie ils exercent une pression sur cette dernière, a expliqué Andreï Souzdaltsev, vice-doyen de la faculté de la politique internationale et de l’économie mondiale de la Haute école d’économie.

« Le Conseil de sécurité est aujourd’hui l’unique aire permanente du système des relations internationales où il est possible de formuler ses griefs réciproques et d’exposer ses arguments. Et il est bien que tout le monde puisse parler ouvertement. Nos partenaires ne font pas preuve de retenue eux non plus. La diplomatie cède parfois à la polémique. De temps en temps c’est utile », a-t-il fait remarquer.

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