La Russie sera-elle capable de conserver Palmyre?

Les troupes syriennes soutenues par l’armée de l’air russe ont chassé les islamistes de Palmyre. Selon les experts militaires, cette fois, des points de contrôle et des positions de tir seront installés sur tout le périmètre de la ville et l’artillerie sera déployée dans les montagnes, ce qui permettra d’éviter la reproduction des erreurs du passé et de perdre de nouveau la ville.
Palmyra
Palmyra Crédit : Oleg Blokhine / Anna News

Le 2 mars, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a informé le président russe Vladimir Poutine de la reprise du contrôle de Palmyre par le gouvernement syrien. La presse informe que quelques heures avant l’offensive, l’armée syrienne avait pris le contrôle du mont Al-Tar, situé à la périphérie de la ville, pour y installer son artillerie et assurer la protection des troupes.

Les troupes de Bachar el-Assad ont pénétré dans la ville depuis plusieurs directions, mais l’offensive a été ralentie : les islamistes avaient miné une grande partie de la ville. Ainsi, les soldats étaient précédés de sapeurs qui déminaient les routes pour permettre le passage de l’infanterie et des véhicules. Selon l’agence Fars News, les troupes de l’État islamique ont subi de lourdes pertes pendant les combats et se sont retirées de la ville par la route pour se diriger vers l’est.

Qui protégera Palmyre ?

Selon Viktor Mourakhovski, colonel de réserve et rédacteur en chef de la revue russe Arsenal de la Patrie, l’armée syrienne a repris les montagnes dans les environs de Palmyre et pourra y installer son artillerie. Cela permettra de contrôler le territoire dans un rayon de huit kilomètres autour de la ville.

Crédit : Oleg Blokhine / Anna News
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« L’armée dispose désormais d’une base d’opérations et a créé une frontière qui empêchera la contre-offensive des islamistes contre la base aérienne T4 de l’armée de l’air syrienne, située dans les environs de Palmyre. Cela permettra d’assurer la sécurité des zones reprises et de poursuivre l’offensive sur Deir ez-Zor, où les islamistes encerclent les dernières unités syriennes », explique l’expert.

Après la première bataille pour Palmyre en mars 2016, la défense de la ville avait été assurée par les insurgés. Les meilleures troupes avaient alors été envoyées dans les environs d’Alep. Cette fois, le commandement du ministère russe de la Défense fournira des troupes supplémentaires et des véhicules aux Syriens pour les aider à conserver la ville, estime Igor Korotchenko, rédacteur en chef de la revue Défense nationale.

« Pour retenir la ville, il n’est guère besoin de disposer d’un important contingent militaire. La Russie enverra des complexes de renseignement supplémentaires dans cette région et surveillera la zone aux alentours. Nous aiderons également à renforcer les positions de tir et les fortifications autour de la ville pour éviter que ne se reproduise le scénario de l’année dernière, quand les islamistes avaient atteint la ville sans être détectés et l’avaient reprise », précise Korotchenko.

Leonid Ivachov, colonel-général à la retraite et président du Centre d’analyse géopolitique, estime qu’après la défaite des unités de l’État islamique, les islamistes opteront pour des activités terroristes : ils enverront des terroristes kamikazes dans les quartiers résidentiels de la ville quand les habitants auront commencé à y retourner. « Il faudra que les services de sécurité redoublent de vigilance pour renforcer les points d’appui autour de la ville, mais aussi protéger les habitants », souligne le général à  la retraite.

Crédit : Oleg Blokhine / Anna News
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Palmyre libérée. Et maintenant ?

Pour certains experts, la province d’Idlib sera le prochain théâtre des opérations impliquant l’aviation russe : plus de 30 000 islamistes l’ont regagnée avec leurs familles après avoir quitté Alep via les couloirs humanitaires. 

« Avec notre soutien, l’armée syrienne tentera d’encercler les terroristes après avoir libéré l’ouest de la province d’Alep et le nord des provinces de Hama et de Lattaquié », indique Vladimir Evseïev, expert militaire et directeur adjoint de l’Institut des pays de la CEI.

Par ailleurs, les combats dans cette zone se poursuivront jusqu’à l’été, après quoi les armées russe et syrienne s’attaqueront au front de l’est et aux villes de Raqqa et Deir ez-Zor.  « J’espère que nous coopérerons plus activement avec les États-Unis dans ce domaine et que la guerre en Syrie ne durera pas plus d’un an », ajoute Vladimir Evseïev.

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