«Je m’appelle Fidel Castro et je viens libérer Cuba». La Russie commémore le Comandante

26 novembre 2016 Ekaterina Sinelchtchikova
Fidel Castro, le père de la Révolution cubaine et l’un des personnages les plus éclatants du XXe siècle, est décédé vendredi soir à la Havane à l'âge de 90 ans. Il avait promis que Cuba « ne cesserait jamais sa lutte pour la paix et le bien-être de tous », il estimait qu’une vie dépourvue d’idées ne valait rien et il est resté jusqu’à ses derniers jours l’idole des idéologies de gauche dans le monde entier. Fidel Castro a dit un jour que si des décorations étaient attribuées comme aux Jeux olympiques pour la capacité de survivre, il aurait remporté la médaille d’or.
Fidel Castro
Fidel Castro lors d'un déplacement à Paris, en 1995. Crédit : Reuters

En Russie, pays avec lequel le père de la Révolution cubaine a toujours eu des relations chaleureuses, nombreux sont ceux qui pleurent le décès du Comandante et qui apportent des fleurs à la résidence de l’ambassadeur cubain. Le président russe Vladimir Poutine a qualifié Fidel Castro de « symbole de toute une époque de l’histoire mondiale récente ».

« Le pays libre et indépendant qu’il a bâti avec ses compagnons de route est devenu un membre influent de la communauté internationale et a servi d’exemple à de nombreux États et peuples », a-t-il indiqué dans un message adressé au peuple et au gouvernement de Cuba.

Fidel Castro et Vladimir Poutine à La Havane en 2000. Crédit : ReutersFidel Castro et Vladimir Poutine à La Havane en 2000. Crédit : Reuters

Il a changé le monde

« Fidel Castro faisait partie de la pléiade des Grands qui ont changé le monde », a écrit sur sa page dans Twitter Alexeï Pouchkov, ex-président de la commission des relations internationales de la Douma (chambre basse du parlement russe), qui a été l’un des premiers en Russie à exprimer ses condoléances.

« Fidel Castro a prouvé : il est possible de rester pendant 55 ans sous pression, d’être la cible d’une guerre économique de la part des États-Unis, mais de tenir bon. Et voici que le président des USA se rend à La Havane et non vice-versa », a-t-il indiqué.

Ce révolutionnaire cubain était une autorité morale pour l’humanité, a déclaré le leader du Parti communiste russe (KPRF), Guennadi Ziouganov. « C’était un titan de la politique, une personnalité d’État, un homme ayant jeté les fondations d’une politique morale, d’une politique soucieuse avant tout du sort de l’individu, d’une vie digne des travailleurs et d’un monde heureux », a-t-il souligné.

Fidel Castro en URSS. Crédit : Vladimir Savostyanov, Vasily Yegorov / TASSFidel Castro en URSS. Crédit : Vladimir Savostyanov, Vasily Yegorov / TASS

Le premier président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a reconnu que Fidel Castro avait laissé « une profonde marque dans l’histoire de l’humanité ». Fidel Castro a résisté et a renforcé son pays, il a subi « le plus dur embargo américain et une pression inouïe exercée sur lui, mais il a fait sortir son pays du blocus pour l’engager dans la voie d’un développement indépendant », a dit Mikhaïl Gorbatchev.

Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, se souvient sur sa page Facebook de son entretien téléphonique avec Fidel Castro en août dernier, quand le Comandante fêtait son 90e anniversaire. « Il s’est vivement intéressé à ce qui se passait dans le monde et en Russie. Il a gardé jusqu’au bout un esprit subtil et la capacité à retenir un grand nombre d’informations », a-t-il constaté.

Fidel Castro en URSS. Crédit : Vladimir Savostyanov / TASSFidel Castro en URSS. Crédit : Vladimir Savostyanov / TASS

 « Il n’y aura pas d’absolution »

Dans le même temps, les réseaux sociaux font ressortir un autre avis au sujet de Fidel Castro qui aurait « volé » à son peuple cinquante ans. « Je suis certain que les éloges sont formulés par ceux qui n’ont jamais été à Cuba. Moi j’y ai été. Mon impression principale : pauvreté, délabrement, vols », a écrit sur Twitter le représentant de l’opposition Alexeï Navalny.

Son compagnon de route, Vladimir Milonov, compare le PIB par habitant à Cuba (environ 7 000 dollars) à celui de Porto Rico voisin (29 000 dollars). « Ils ont commencé au même niveau. Voici ce que vaut Castro ».

L’économiste Sergueï Gourianov, ancien recteur de la Haute école d’économie qui a émigré de Russie, rappelle que Moscou a effacé en 2014 la dette de Cuba de 31,7 milliards de dollars, soit 2 813 dollars par habitant. « C’est comme si on aurait épongé une dette russe de 412 milliards. Mais non, pas si bêtes ! », a-t-il écrit.

Et de se solidariser avec la récente publication du blogueur Ilia Varlamov au sujet de Cuba : « Fidel Castro a ruiné son propre pays, a réduit une région jadis prospère à l’état des pays africains les plus pauvres. Il est toujours impossible de trouver en vente libre des médicaments et des produits alimentaires. Il n’y a toujours pas d’Internet ni de liaison mobile normale. La population travaille pour quelques sous et l’unique bonheur est de pouvoir voler ».

Fidel Castro, a-t-il été « un dictateur sanglant » ou un « grand combattant contre l’impérialisme américain » ? Les discussions feront toujours rage, comme elles se poursuivent aujourd’hui au sujet de Joseph Staline ou d’Ivan le Terrible, affirme le journal Kommersant. En 1953, lors de son jugement pour l’attaque armée contre la caserne de Moncada, quand il a été condamné à 15 ans de prison, Fidel Castro fit un discours qu’il conclut avec ces mots : « La Historia me absolvera » (L'histoire m'absoudra). « C’est devenu une phrase ailée, mais dix ans plus tard, il est évident : il n’y aura pas d’absolution et d’âpres débats continueront de déchirer pro-castristes et anti-castristes même lorsque Cuba deviendra un pays typique (ou presque) des Caraïbes », a noté le journal.

L’héritage principal de Fidel Castro, c’est « le modèle d’une politique étrangère indépendante de Cuba », fait remarquer Viktor Heifets, expert d’Amérique latine et professeur à l’Université de Saint-Pétersbourg. Son autre héritage, un régime politique autoritaire, ne rendra pas fiers même ses partisans. « L’économie cubaine est restée monoculturelle et les autorités n’ont pu rien y faire. Oui, Cuba a pu survivre, mais ce n’était sans doute pas l’objectif posé », a-t-il affirmé.

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