Pétrole: la Russie fait bouger les lignes au sein de l’OPEP

2 décembre 2016 Alexeï Lossan
Les experts considèrent que l’accord des pays de l’OPEP sur une baisse de leur production a été largement inspiré par la Russie. En particulier, les autorités russes s’efforçaient depuis un an d’harmoniser les positions de l’Iran et de l’Arabie saoudite.
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L’accord sur la baisse de la production du cartel a largement été inspiré par Moscou. Crédit : Reuters

La décision de l’OPEP de limiter sa production de pétrole au cours des six prochains mois a fait bondir le cours de la monnaie russe : le rouble a gagné 10% face au dollar américain et à l’euro, selon le journal économique russe Kommersant.

De plus, selon Reuters, le prix du baril de pétrole russe Urals a augmenté de 9% à 47,51$ (44,64), son maximum depuis le 31 octobre. Les experts font remarquer que les prix du pétrole et le cours du rouble n’augmentent pas uniquement en raison de la seule décision de l’OPEP, mais aussi en raison de l’implication de la Russie dans cette décision.

Rôle de la Russie

« On peut considérer que la décision de l’OPEP est historique : l’organisation n’arrivait à se mettre d’accord sur rien depuis huit ans, et une guerre des prix faisait rage depuis deux ans », déclare Oleg Bogdanov, analyste en chef de Teletrade Group. Selon lui, le rôle de la Russie dans les négociations a toujours été important. Il est possible que ce soient précisément les négociations de fin novembre 2016 entre les représentants de l’OPEP et le ministre russe de l’énergie Alexandre Novak qui ont permi d’obtenir un accord à Vienne, ajoute Bogdanov.

En particulier, explique-t-il, la Russie a accepté de réduire sa production de 300 000 barils par jour. « L’OPEP et la Russie ont démontré que le marché du pétrole était sous contrôle et pouvait être régulé en fonction de la situation de l’économie mondiale », affirme Bogdanov.

« Durant toute l’année, les producteurs ont constamment augmenté leur production, ce qui menaçait le marché d’un nouvel engorgement. Après l’accord, on peut considérer que la course aux parts de marché est finie et que le marché s’est stabilisé », affirme Andreï Kotchetkov, analyse chez Otkrytie Broker.

En février 2016, le ministre de l’énergie Alexandre Novak avait proposé à l’Arabie saoudite, au Qatar et au Venezuela un gel de la production au niveau du mois de janvier, à condition que d’autres pays producteurs se joignent à cette initiative. L’Arabie saoudite s’était élevée contre cet accord, et l’Iran n’était pas prêt à geler son volume de production : après la levée des sanction, le pays s’efforçait de rétablir ses parts de marché.

La République islamique avait donc décidé d’augmenter sa production de 1,5 à 2 millions de barils par jour. Cependant, comme le président russe Vladimir Poutine l’a déclaré en septembre 2016 dans une interview à l’agence Bloomberg, il est possible de geler le volume de production sans la participation de l’Iran.

Nouveaux gisements

La décision de l’OPEP de réduire ses quotas s’est même avérée meilleure que ce qu’espérait obtenir la Russie, car les coupes dans la production ne la concernent pas formellement. « À l’heure actuelle, la Russie est gagnante, car non seulement les prix augmentent, mais le potentiel pour augmenter les exportations est également présent », affirme Sergueï Kozlovski, directeur du département analytique de Grand Capital.

De plus, la hausse des prix à 53–55$ (55–52) par baril va obliger les producteurs des pays non-membres du cartel à augmenter leur production, explique Ivan Kapitonov, doyen de la Haute école de gestion d’entreprise de l’Académie russe des sciences. Selon lui, les calculs basés sur la ruine des compagnies exploitant du gaz de schiste ont échoué. De plus, la hausse des prix du pétrole mènera sans doute à la découverte de nouveaux gisements.

Depuis que le prix du pétrole a franchi la barre des 45$ (42) par baril, le nombre de forages s’est mis à augmenter tous les mois aux États-Unis, ce qui implique directement la mise en activité de nouveaux puits. En moyenne, le nombre de puits aux États-Unis est passé de 509 à 544 entre septembre et octobre 2016 (464 en août), mais reste en-dessous de son niveau d’octobre 2015 (791 forages).

« Ainsi, on peut s’attendre à une hausse des prix dans les 3 à 4 mois à venir, ainsi qu’à une hausse de la production américaine, qui sera bien sûr encore plus importante en cas de hausse des prix au-delà de 52$ (49) par baril », fait remarquer Kapitonov. Selon lui, cela pourrait à l’avenir déboucher sur une nouvelle chute des prix du pétrole.

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