Cap sur le marché de l’UEEA

28 novembre 2016 Kira Egorova
Deux ans après l’introduction des sanctions, les entreprises luxembourgeoises et belges liées à la Russie s’activent : cela s’explique en partie par les nouvelles opportunités qui s’ouvrent grâce à la coopération avec l’Union économique eurasiatique.
Usine de la joint-venture Severstal et Rutgers Group (Belgique) ) Tchereoivets.
Usine de la joint-venture Severstal et Rutgers Group (Belgique) Tcherepovets. Crédit : TASS

Les intérêts du Luxembourg et de la Belgique dans les pays de l’Union économique eurasiatique (UEEA - Russie, Kazakhstan, Biélorussie, Kirghizstan et Arménie) datent d’avant la création de cette Union. Le plus important fabricant de satellites d’Europe, le luxembourgeois SES, et ArcelorMittal, leader mondial de l’acier, travaillent en Russie et au Kazakhstan depuis longtemps, alors que les échanges commerciaux entre la Belgique et l’Arménie se composent à 60% de vente de diamants à destination d’Anvers, le centre mondial des diamantaires.

Toutefois, l’apparition d’un marché aussi grand que celui de l’UEEA, qui sera intégré tant économiquement que juridiquement, offre de nouvelles opportunités d’affaires et de développement des activités existantes. Telle est l’opinion des membres du Forum international d’affaires Belgique, Luxembourg – Union économique eurasiatique, qui s’est tenu pour la deuxième fois à Moscou en novembre 2016.

Le directeur général de la Chambre de commerce  belgo-luxembourgeoise en Russie, Oleg Prozorov, le directeur général de la Chambre de Commerce belgo-luxembourgeoise pour la Russie et la Biélorussie, Arkady Arianoff, et monsieur l'ambassadeur du Grand-Duché de Luxembourg en Russie, Jean-Claude Knebeler. Crédit : service de presseLe directeur général de la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise en Russie, Oleg Prozorov, le directeur général de la Chambre de Commerce belgo-luxembourgeoise pour la Russie et la Biélorussie, Arkady Arianoff, et monsieur l'ambassadeur du Grand-Duché de Luxembourg en Russie, Jean-Claude Knebeler. Crédit : service de presse

L’activité des compagnies du Royaume et du Grand-Duché en Russie s’est considérablement accrue en 2016, signale Oleg Prozorov, directeur général de la Chambre de commerce Belgique-Luxembourg en Russie. «  Cela s’explique premièrement par la lassitude provoquée par l’attente de la levée des sanctions et deuxièmement par la volonté des entreprises belges et luxembourgeoises de s’installer sur le marché de l’Union économique eurasiatique  », explique le responsable.

Quels intérêts l’UEEA offre-t-elle ?

Et les pays de l’UEEA, compte tenu de l’unification de la législation et des règlements, présentent un intérêt évident, estime Oleg Prozorov. «  Les grandes entreprises belges et luxembourgeoises sont constructives et, plus la législation de l’Union économique eurasiatique est harmonieuse et claire, plus les entreprises intéressées par l’intégration seront nombreuses  », ajoute-t-il.

Le volume global d’échanges commerciaux entre l’UEBL (Union économique belgo-luxembourgeoise) et les pays de l’UEEA hors Russie a augmenté de près de 25% en 2015 et au premier semestre 2016, a annoncé Vladimir Paladko, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de la Fédération de Russie, lors du forum.

La structure des échanges commerciaux est assez homogène : le Luxembourg et la Belgique exportent actuellement des hautes technologies vers l’UEEA et importent des matières premières. Cependant, Robin Machiels, l’attaché des douanes de l’Ambassade de Belgique à Moscou, précise que les entreprises belges investissent de plus en plus dans les projets intellectuels et souhaitent installer leur production en Russie et dans les autres pays de l’UEEA.

La part de la Russie

La part de la Russie dans le commerce entre l’UEEA et l’Union économique belgo-luxembourgeoise s’élève à plus de 60%. Selon les chiffres de l’Agence russe de statistiques Rosstat, les échanges commerciaux entre la Russie et le Luxembourg ont crû de plus de 20% au second trimestre 2016 par rapport à la même période en 2015 et s’élèvent à près de 50 millions de dollars (47 millions d’euros), principalement grâce à la hausse de 45% des exportations luxembourgeoises qui ont atteint 40,5 millions de dollars (38,20 millions d’euros). En revanche, les échanges commerciaux entre la Russie et la Belgique se sont élevés à 2,2 milliards de dollars (2,07 milliards d’euros) sur la même période, soit une contraction de 11,6%.

Maxime Pazdnikov, directeur de développement de l’Association des parcs industriels, se félicite toutefois de la hausse du nombre d’investisseurs occidentaux en Russie constatée cette année. « Avant la crise, nous souffrions de gigantisme et construisions d’immenses parcs pour des projets à plusieurs milliards. Aujourd’hui, nos parcs industriels accueillent principalement des PME qui travaillent dans différents domaines », souligne l’intéressé. Il précise que ces entreprises viennent en Russie à la recherche de partenariats stratégiques et pour créer des co-entreprises, car leur petite taille ne leur permet pas de se lancer seules dans la production et la commercialisation.
Actuellement, près de 350 entreprises directement liées à la Belgique ou au Luxembourg et répertoriées par la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise en Russie ont une activité permanente dans le pays. «  Cependant, si l’on prend en compte les relations corporatives existantes et l’intégration des intérêts mutuels, elles se comptent par milliers  », explique Oleg Prozorov.

Des entreprises qui développent leurs activités

Les entreprises qui arrivent sur le marché russe sont celles qui ont le plus de difficultés. Mais celles qui étaient déjà là avant la crise se portent plutôt bien. En 2016, par exemple, la société luxembourgeoise Accumalux Group a entamé la modernisation de ses équipements et accroît actuellement ses capacités en Russie. Son usine de Togliatti (à 990 km à l’est de Moscou) fabrique aujourd’hui 5 millions de lots de composants pour accumulateurs par an.

En août 2016, la compagnie belge Puratos a ouvert sa deuxième usine à Podolsk (à 20 km de Moscou), dans laquelle le groupe a investi 16 millions d’euros. Elle produit de la farce, de la crème végétale, du glaçage et des mélanges pour l’industrie de la confiserie et de la boulangerie. Autant de produits manufacturés qui sont vendus en Russie et dans d’autres pays de l’UEEA, a précisé Nikolaï Makovlev, président du Puratos Russie, laissant entendre que le groupe envisageait d’entamer la production de levain et de chocolat premium.

En juillet 2016, la compagnie belge Drylock a localisé sa production en Russie. Elle a construit son usine de fabrication de produits hygiéniques sur le territoire de la zone économique spéciale d’Alabuga, au Tatarstan (à 700 km à l’est de Moscou), pour un montant de 30 millions d’euros. L’usine fabrique des sous-vêtements absorbants, des couches, des langes et des produits spéciaux pour les personnes souffrant de maladies urologiques. La Russie reste pour le moment le principal marché du groupe, mais celui-ci envisage d’exporter ses produits dans les pays de la CEI.

Une autre compagnie belge envisage de localiser sa production en Russie : il s’agit d’Aluthermo qui construit une usine d’isolation thermique moderne près de Saint-Pétersbourg, a fait savoir la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise en Russie.

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