Investissements russes en France : insignifiants ou prometteurs ?

Les experts du Cercle Kondratieff, de l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) et de l’INALCO se sont réunis pour essayer de comprendre les perspectives des investissements russes en France.
Crédit : Maria Tchobanov
Crédit : Maria Tchobanov

En mai 2013, le montant des investissements russes en France s'élevait à 1,1 milliard d'euros contre 310 millions en 2011 et 150 millions en 2010. Entre 2011 et 2012, le nombre des décisions d’implantation des entreprises russes en France à doublé pour atteindre un chiffre record : 10. Est-ce qu’il s’agit de dynamique de croissance ? Quels sont les motifs des investisseurs russes et les raisons de la méfiance par rapport au marché français ? Les intervenants de la matinée thématique « L’attractivité de la France, vue par les investisseurs russes », organisée par l’association Cercle Kondratieff et l’INALCO ont essayé de donner les éléments de réponses à ces questions.

La présence russe en France en 2012 représentait quelques 35 entreprises avec environ 5000 salariés, selon l’AFII. D'après les données fournies par le Service de statistiques russe fin décembre 2012, parmi les pays européens les plus attractifs pour les investisseurs russes figurent tout d’abord les Pays-Bas, Chypre, la Suisse, la Grande-Bretagne et le Luxembourg. La France ne fait pas partie de la première dizaine des pays qui bénéficient de l’intérêt particulier des russes. Néanmoins, comme l’a souligné Serge Boscher, directeur Général de l’AFII, les investissements russes sont en 2012 au deuxième rang des investissements des BRIC en France, après la Chine. L’année dernière, la Russie a dépassé l’Inde pour la première fois. Bien sur, cette avancée spectaculaire s’explique, par le rachat par la Compagnie des chemins de fer russes (RZhD) de 75% de des actions de la filiale logistique industrielle GEFCO à PSA pour un montant de 800 millions d’euros.

Ivan Prostakov, conseiller au Bureau International des Expositions (chef de la Représentation commerciale de la Fédération de Russie en France  en 2004-2012) qualifie cet investissement important de l’Etat russe comme « politique » : « un investissement à fort message, qui devrait rassurer le pays qui l’accueille, et qui devrait servir de moteur pour l’avenir ».

En dehors de cette grande opération, les investissements russes restent relativement faibles en euros, mais ils font partie du top 10 parmi les projets européens créateurs d’emploi en France en 2012 (250 emplois crées).

Pour donner un exemple peu ordinaire, citons la décision du groupe agro-alimentaire russe spécialisé dans le négoce et la transformation de cacao Ivory Coast Cacao d’acheter à Marseille l’usine de chocolats en liquidation judiciaire Net Cacao. Non seulement l’activité de production et de distribution sous la marque Chocolaterie de Provence a été relancée, assurant un travail à 50 salariés, mais l’entreprise a fait un investissement supplémentaire de 7 millions d’euros, ce qui a permit de créer 70 emplois supplémentaires. Un nouvel investissement de 15 millions d’euros est prévu pour les exercices 2013 et 2014.

On peut également citer la décision prise par Transaero airlines, la seconde compagnie aérienne russe, qui dessert désormais Paris au départ de Moscou avec des vols hebdomadaires. La compagnie a créé un bureau de représentation à Orly et devient ainsi le deuxième groupe étranger à avoir obtenu le droit d’assurer le trajet Paris-Moscou avec sept vols par semaine.

Certaines entreprises russes choisissent la France comme une piste de décollage en direction d’autres marchés. C’est le cas de la société informatique de sécurité Doctor Web, qui a décidé d’implanter son quartier général européen à Strasbourg en 2011, en créant une quinzaine d’emplois. D’après Alexander Minaev, consultant au Cabinet Cost House, ce n’est pas un choix fortuit. « La position géographique de Strasbourg facilite l’accès aux autres marchés Européens (Allemagne, Benelux …), il y a beaucoup de spécialistes qualifiés trilingues sur place, la ville est très bien équipé en infrastructures numériques. Et contrairement aux opinions répandus, les coûts de fonctionnement sont inférieurs à l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne », affirme Alexander Minaev.

Malgré ces exemples rassurants, les statistiques restent faibles. La Russie représente moins d’1% des investissements directs européens en France, selon la Banque de France. Bien sûr, certains groupes russes s’imposent dans l’économie française, sans que l’on connaisse réellement leur origine, car une grande part des opérations russes transite par les offshores du Luxembourg, de Chypre ou de Suisse, et n’est donc pas comptabilisée. Aussi sont exclus des statistiques les investissements russes faites via un autre pays Européen. C’est, entre autre, le cas des filiales de Kaspersky et ABBYY, qui dépendent des filiales Européennes en Allemagne.

Une des principales raisons de la perplexité des investisseurs russes, selon tous les experts de cette table ronde, consiste en la méconnaissance des atouts du marché français, de ces facteurs d’attractivité. La France reste dans la conscience collective des Russes un pays de tourisme avec de forts traditions culturelles et culinaires. Elle n’est pas perçue comme une puissance économique. De l’autre coté, la méfiance par rapport à la provenance de l’argent russe persiste toujours et freine l’avancement des projets. Pour rompre ce cercle vicieux la nécessite de lutter contre les clichés et préjugés respectifs s’impose.
 

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