Les jeunes Russes veulent des changements, pas de révolution

18 mars 2013 Svetlana Smetanina
Les jeunes Russes ne font pas confiance ni au gouvernement, ni à l’opposition, assurent les sociologues. Une autre tendance : la popularité croissante du bénévolat et de la philanthropie chez la jeunesse.
Ne trouvant pas d’idoles de leur génération, les jeunes gens deviennent eux-mêmes des héros. Crédit : Itar-Tass
Ne trouvant pas d’idoles de leur génération, les jeunes gens deviennent eux-mêmes des héros. Crédit : Itar-Tass

« Les jeunes gens croient que la Russie a eu un passé glorieux et a un avenir prometteur. Quant à sa situation actuelle, ils la qualifient d’horrible », affirme la célèbre sociologue Olga Krychtanovskaïa.

Parmi les principaux problèmes de la Russie moderne, les jeunes citent le vol, la pauvreté et la tyrannie des bureaucrates. Ils perçoivent ces derniers comme la source principale des problèmes sociaux.

Cependant, les jeunes nihilistes ne comprennent pas la machine d’État et sa raison d’être, soulignent les chercheurs. Les principales tâches du gouvernement, selon eux, consistent à distribuer des subventions, des prêts et des pensions, ainsi que d’organiser les loisirs.

« Pour la jeunesse, "réparer" le système, c’est quelque chose d’inimaginable. La meilleure solution, c’est de tout détruire. Néanmoins, ils ne savent pas non plus par quoi le remplacer », dit Mme Krychtanovskaïa.

D’autres chercheurs parlent quand même de tendances bien différentes. « Il existe un grand groupe de jeunes qui soutient les autorités. Cependant, ils le font pour diverses raisons, dont la plus populaire est la volonté de faire une carrière », dit Elena Omeltchenko, chef du Centre de recherche de la jeunesse de l’École des hautes études en sciences économiques.

Comme l’estime Mme Omeltchenko, il n’existe pas de groupe d’opposition parmi les jeunes. La déception et le détachement, tels sont leurs sentiments vis-à-vis de la politique. « Les jeunes gens ont de la bouillie dans la tête. Le nationalisme coexiste avec le libéralisme et l’homophobie se combine avec les idées du genre "liberté pour tous" », dit la scientifique.

D’après Olga Krychtanovskaïa, le négativisme de la jeunesse n’aboutira pas à une révolution. La plupart des jeunes citoyens interrogés par les sociologues ont avoué n’avoir pas pris part aux récentes actions de protestation en raison du manque de confiance envers les leaders de l’opposition.

« 40% des personnes interrogées considèrent l’opposition comme faible et incapable de faire quoi que ce soit. Ils ne voient pas parmi les leaders des personnes vraiment incorruptibles qui seraient capables de mourir pour leurs idéaux », note Mme Krychtanovskaïa.

En outre, 90% des sondés ont indiqué qu’ils ne voyaient pas de « parti adéquat » à leurs yeux parmi les mouvements politiques actuels.

Cependant, les leaders de certains partis sont très populaires chez les jeunes. Ainsi, Vladimir Jirinovski, président du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR), a occupé la deuxième position dans le classement des hommes politiques les plus respectés par les jeunes, établi par les sociologues russes. Le milliardaire Mikhaïl Prokhorov, qui a récemment commencé une carrière politique, a été classé troisième.

Le leader du classement, c’est le président Vladimir Poutine. Olga Krychtanovskaïa explique : « Les jeunes gens le considèrent comme la seule personne capable de faire face à la corruption cultivée par les bureaucrates. Ils espèrent que le président tentera de détruire ou de changer ce système, ce qui explique cette cote de popularité élevée ».

Parmi les idoles des jeunes figurent, en outre, ceux qui préfèrent agir pour changer le monde autour de soi ; notamment l’actrice Tchoulpan Khamatova, créatrice de la fondation Podari Jizn (« Offre une vie »), aidant les enfants atteints du cancer.

Le bénévolat et la philanthropie deviennent effectivement de plus en plus attirants pour la jeunesse. Ne trouvant pas d’idoles de leur génération, les jeunes gens deviennent eux-mêmes des héros. Aider ceux dont la vie est beaucoup plus difficile que la leur comme des enfants malades et des personnes âgées, devient pour eux un sens à donner à leur vie.

Elena Omeltchenko note une autre tendance importante. « Nous voyons chez la jeunesse un comportement qui peut être baptisé de “vie extrêmement saine”. Cela veut dire que les jeunes refusent de consommer des drogues ou de l’alcool et renoncent à la promiscuité sexuelle. L’écologisme et le sport sont également populaires », indique la spécialiste.

D’après les sociologues, les jeunes gens essaient par ce moyen de trouver leur propre engagement civique. Les valeurs morales et l'éthique, alors essentielles, prennent de plus en plus de place dans cette recherche.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.
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