Face au prix de départ de 9 milliards de roubles (220 M€), Uraltransmash a soumis un projet à 8,46 milliards de roubles (207 M€). Un autre candidat, Tramrus (qui représentait Transmashholding et Alstom), a fait une proposition à 8,5 milliards de roubles (208 M€). L'usine de fabrication de wagons a confié à RBC Daily qu'ils étaient satisfaits des résultats de l'appel d'offres et qu'ils pensaient sérieusement à développer leur filière de tramways. « Compte tenu des délais de livraison très serrés, les premiers seront livrés par notre partenaire Bombardier qui a déjà un modèle de cette catégorie, puis la fabrication se fera dans les ateliers d’Uraltransmash », a indiqué Andreï Chlenski, adjoint du directeur général, chargé du matériel ferroviaire. Transmashholding a refusé de commenter les résultats de l'appel d'offres. Alstom a déclaré avoir pris bonne note des résultats, avant d’ajouter que tout n'était pas fini, et qu’ils attendaient « la fin de la procédure ».

Pour mémoire, l'appel d'offre a été lancé par le Département des Transports de Moscou au début du mois de juillet avec un prix de départ de 9,2 milliards de roubles (226 M€). Quatre candidats (Tramrus, l’Usine de fabrication de machines ferroviaires Oust-Katavski, Uraltransmash et le groupe Sinara) s’étaient immédiatement présentés. Mais les deux derniers n'ont pas été admis et le concours n'a pas eu lieu, car l'Usine de fabrication de machines ferroviaires et le groupe Sinara ont déposé une plainte devant Service fédéral de lutte contre les monopoles pour dénoncer les conditions injustes dans lesquelles se déroulait l’appel, laissant entendre en outre que le cahier des charges avait été rédigé pour Citadis Istanbul 301 X, le tramway conçu par Alstom. Le Service fédéral de lutte contre les monopoles a rejeté cette plainte comme étant infondée, mais a néanmoins ordonné un nouvel appel d’offres en expliquant qu'il « était nécessaire d'apporter quelques corrections dans la documentation de l'appel d'offres ». Dans le même temps, le Service fédéral a recommandé de baisser le prix de départ à 9 milliards de roubles.

Le département des Transports n'aurait pas participé à l'organisation du dernier appel d’offres, selon les propos de Maxim Liksoutov, son directeur. « La procédure a été menée par le comité des appels d'offres. Les deux candidats ont accepté les conditions du cahier des charges. À l'ouverture des plis, on a constaté qu’Uralvagonzavod et Bombardier proposaient un prix inférieur à celui d'Alstom et de Transmashholding », a-t-il poursuivi. Cependant, une source au département des Transports a rapporté à RBC Daily que ledit département souhaitait officieusement que la fabrication des tramways de nouvelle génération soit localisée en Russie : « Les Espagnols (CAF), par exemple, ne répondaient pas à ce critère, car ils n'ont pas de partenaire et donc pas de site industriel en Russie », explique la source. D'autres candidats ont renoncé au concours de leur propre initiative. L'Usine de fabrication de machines ferroviaires d’Oust-Katavsk, d'après cette même source, n'a pas rempli les conditions du cahier des charges. Et la société Sinara croulait sous les commandes des Chemins de fer de Russie (elle crée en collaboration avec Siemens un train urbain express équipé du système de traction Desiro (Lastotchka). Au total, le contrat entre Siemens, les Chemins de fer de Russie et la société Sinara prévoit la fabrication de 1 200 wagons équipés de ce système. Une partie d'entre eux est destinée au trafic de passagers durant les JO 2014 de Sotchi. « Sinara n'avait pas les capacités de production pour se lancer dans la fabrication du tramway à grande vitesse », d’après la source.

« L'attribution du marché à Uralvagonzavod n'est pas vraiment une surprise, car la société a fait pas mal d'efforts en ce sens », confie le chef de l'agence Infranews, Alexeï Bezborodov. « De plus, Uralvagonzavod, usine d'État, bénéficie des relations importantes, ce qui a pu lui servir dans la compétition avec la puissante Transmashholding », poursuit-il. Ceci dit, d’après lui, il n'est pas concevable que les entreprises n'aient pas partagé les tâches entre elles et Uraltransmash pourrait s'occuper du montage, tandis que Transmashholding s’occuperait des pièces de rechange.

Paru sur le site de RBC Daily le 17 décembre 2012.