Le Jardinier d’Otchakov

Crédits photo : amazon.fr
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TITRE Le Jardinier d’Otchakov

AUTEUR Andreï Kourkov

EDITIONS Liana Levi

TRADUIT du russe par Paul Lequesne


Igor a trente ans, le regard limpide. Il est chômeur et ça lui va. Il n’a aucune ambition, aucun désir de changer la vie pépère qu’il mène auprès de sa mère dans une banlieue de Kiev, à Irpen, entre son ordinateur et son copain Kolian avec lequel il boit, parfois juste un peu plus que de mesure. Jusqu’au moment où les hasards de la vie lui font rencontrer un vagabond, Stepan, qui propose ses services comme jardinier et s’installe dans la remise. Il porte sur l’épaule un tatouage délavé que son père lui avait fait faire avant de disparaître et qu’Igor réussit à déchiffrer avec l’aide de Kolian. Le tatouage conduit Igor et Stepan sur les lieux d’enfance de ce dernier, à Otchakov, au bord de la mer noire. Ils y découvrent un trésor qui attendait Stepan. Revenus à Kiev, Stepan partage le butin, laissant à Igor une maigre part, une forte somme en roubles soviétiques et un uniforme de milicien qui, lorsqu’il l’endosse, lui permet de se retrouver à Otchakov à la fin des années 50.

Comme les photos en noir et blanc qu’il ramène de ses expéditions dans le passé, Igor sert de révélateur à l’époque soviétique sur laquelle il pose un regard totalement neuf. En noir et blanc soudain, le passé acquiert un certain charme. Bien sûr, on évoque les camps, l’antisémitisme caché par des accusations de sabotage, mais Igor trouve surtout que la vie bouillonne et qu’il y a « dans les yeux des passants une sorte de flamme singulière, presque joyeuse, reflet d’un appétit de vivre » Tout ce dont manque cruellement la société post soviétique et notre Tanguy ukrainien, englué dans un confort relatif où il oublie de vivre.  Entre la passivité d’Igor et l’agitation fébrile de son ami Kolian, hacker au service de chantages divers, le choix qui s’offre aux jeunes gens manque cruellement de panache et d’attrait, en Ukraine comme ailleurs. Même la liberté est un concept dévoyé.  « Quand tu emploies le mot «  libre » tu sous-entends… quelque chose, sans doute, du même sens qu’ « inutile » Comme on dit, là, dans vos feuilletons pour jeunes : «  tu es libre, disparais ! » » explique la mère d’Igor.

Fidèle à lui même, Andreï Kourkov livre un nouvel opus plein de fantaisie et de tendresse. Il conduit son récit très habilement et parvient à captiver le lecteur, grâce au secret du passé de Stepan et au rôle qu’il lui fait jouer dans la vie d’Igor et de sa mère. Sans mièvrerie, Kourkov semble avoir fait le choix du happy end pour ses deux derniers livres. Le recours au fantastique qui lui permettait dans ses premiers romans d’exprimer une vision assez désespérée de la vie lui offre ici de continuer à dénoncer les travers de la société mais, désormais, avec une légèreté et un optimisme dont on ne peut que saluer la fraicheur en ces temps difficiles.   

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.
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