Le responsable du département des relations entre l'Église et la société du Patriarcat de Moscou, l'archiprêtre Vsevolod Tchapline, a décelé des racines inattendues aux problèmes interethniques en Russie. Il semblerait que cela réside dans la façon inappropriée de se vêtir et de se comporter dans les lieux publics. « Une apparence extérieure débraillée et une attitude désinvolte mènent directement au  malheur. À l'isolement et à la démence. Au désastre d'une vie », prévient-il. Cela concerne tout particulièrement les femmes. « Si une femme porte une mini-jupe, cela peut être provoquant, non seulement pour les ressortissants du Caucase, mais aussi pour les Russes. »

Les mini-jupes ont fait une entrée inopinée dans les discussions sur les relations interethniques en Russie. Rappelons qu'en décembre, plusieurs grandes villes ont connu une vague de violences motivées par des revendications nationales entre ressortissants russes et caucasiens. Et de très nombreux supporters de football et de sympathisants sont descendus sur la Place du Manège à Moscou, exigeant que les responsables du meurtre d'un supporter russe soient punis. C’est donc en réalité la mort d’un jeune homme, ayant participé à une bagarre entre Russes et Caucasiens pour savoir lesquels d'entre eux pourraient s'asseoir les premiers dans un taxi, qui est à l'origine de ces manifestations massives. Et les femmes et leurs mini-jupes n’y sont absolument pour rien. Quand aux supporters, ils s’habillent de la même façon et se ressemblent tous plus au moins.

Mais revenons aux femmes. Clairement, les femmes et les jeunes femmes russes aiment à souligner leurs attributs et cacher leurs défauts par leur tenue. Sortir en hiver en jupe courte et marcher en talons aiguilles sur les trottoirs glissants ? Oui, c'est bien la mode locale. Maquillée et des diamants autour du cou à la plage ? Facile ! Et on s’habille pour le bureau comme pour une soirée. Ces dames aiment attirer l'attention. Peut-être est-ce grâce à cela que leur renommée a depuis longtemps dépassé les frontières du pays. 

Les étrangers qui vivent en Russie ou y viennent régulièrement ont vite fait de réaliser que les femmes russes ne sont pas toutes comme ça et ne s’habillent pas toutes ainsi. Ces derniers temps, c’est même la tendance inverse qui saute aux yeux : se faire oublier autant que faire se peut. Il suffit de se promener dans les rues animées pour constater que le vêtement le plus répandu dans la gent féminine aujourd’hui, c'est le jeans. Ce qui chagrine sincèrement bon nombre d'hommes. Des entreprises très sérieuses introduisent en outre de plus en plus souvent un code vestimentaire strict au travail. Il n'est pas seulement question de la hauteur des talons ou de la longueur des jupes, mais également de la couleur du vernis à ongles et de la coiffure : adieu les anglaises !

Et le code vestimentaire le plus strict est bien évidemment celui de l'église orthodoxe. Si l'on entre dans une église au cours d'un office, il est difficile de ne pas noter que la majorité des femmes sont habillées de la même façon : une jupe longue sombre, une veste sans forme et un foulard sur les cheveux. Selon Olga Kourova, spécialiste de la culture slave, cette mode a été introduite à l'époque de Pierre le Grand. Ses réformes, visant à soumettre l'église à l'État, ont provoqué un schisme, et par la même occasion, des sous-cultures religieuses avec leur propre code vestimentaire. Cette tenue ostensiblement usée, presque misérable, est devenue un moyen de protester contre la fusion du laïque et du religieux. Et les néophytes, assidus depuis qu'aller à l'église est possible et à la mode, ont adopté ce style misérable comme juste signe de « sainteté ». Le résultat est assez étrange : si dans les autres pays, y compris les pays orthodoxes, comme la Grèce, en se rendant à l’église on revêt ses tenues les plus chères et les plus belles, en Russie, c'est le contraire. Et si une profane entre dans une église, en pantalon ou la tête nue, elle ne pourra pas couper aux regards réprobateurs, voire aux reproches sans complaisance, qui bien souvent, ne viennent pas du prêtre, mais d'une de ses ouailles.

Évidemment, il fut un temps où les pantalons portés par des femmes étaient perçus comme une provocation et la manifestation d'un e nature dépravée. Mais aujourd'hui, comme le note très justement Olga Kourova, aucun être sain d'esprit ne songe à qualifier une femme en pantalon d'homme. Le temps a fait son oeuvre. Au début des années 1990, les costumes couleur framboise étaient devenus sans prévenir la marque des nouveaux riches. Il n’en reste aujourd’hui plus que des plaisanteries. Une jeune fille habillée de façon provocante de jour dans les rues de Moscou suscite le sourire, c'est une provinciale. Et comme chaque provinciale fraîchement débarquée dans la capitale ne souhaite qu’une chose, se fondre dans la masse aussi rapidement que possible, elle aura tôt fait de laisser tomber ses vêtements bariolés.

Pour être justes, disons que de nombreux prêtres de l'église orthodoxes acceptent la mode comme un fait donné, et ne cherchent pas à la combattre. Finalement, le pouvoir soviétique aussi avait tenté d'imposer un style unique. Tout le monde sait comment cela a fini.