En publiant la photo ci-dessous, un magazine local a rappelé aux Moscovites qu’ils vivaient dans une « ville musulmane ». En réalité, les musulmans ne représentent qu’un cinquième des dix millions et demi d’habitants de la capitale russe.

Crédits photo : Sergueï Moukhamedov

Mais cette image montre bien la pénurie de lieux de culte musulmans. Il n’y a que quatre mosquées dans toute la ville. C’est précisément la raison pour laquelle la communauté musulmane prévoit d’en construire une nouvelle, capable d’accueillir trois mille fidèles dans le district de Tekstilchtchiki, au sud-ouest de la capitale.

La construction devait commencer en novembre. Mais le projet a suscité l’opposition des riverains, qui ont demandé à la municipalité d’y renoncer.

Nafigoulla Achirov, le co-président du Conseil russe des muftis à Moscou, se dit consterné par la polémique : « Il y a près de 900 églises pour les chrétiens à Moscou. Si les gens sont respectueux de la foi des autres, ils doivent reconnaître que quatre mosquées pour deux millions de musulmans, c’est insuffisant ».

Sur un espace vert au milieu d’une zone industrielle

Plus de mille personnes résidant dans le district ont signé une pétition contre la mosquée, sous prétexte qu’elle empiète sur un espace vert, dans un quartier parsemé de sites industriels polluants.

C’est l’argument qu’invoquent Aleksandr Kouzmitchyov, un concepteur informatique âgé de 55 ans, et ses amis pour justifier leur hostilité à la mosquée : « Elle sera construite sur un espace vert. Ici, c’est un quartier résidentiel et le lieu retenu est celui où nous sortons nos chiens », résume-t-il. D’autres opposants n’hésitent pas à avancer des arguments de nature xénophobe, craignant un afflux de Tchétchènes et d’autres populations originaires du Caucase du Nord.

Le 11 septembre dernier, des centaines de manifestants se sont rassemblés sur le site qui doit accueillir la future mosquée, boulevard Volzhsky. Des représentants de la communauté musulmane de Moscou étaient également présents à cette manifestation, qui a été filmée et diffusée sur YouTube.

Sur la vidéo, l’interaction entre les deux groupes varie entre hostilité ouverte et un dialogue plutôt constructif. Une femme y relate son opposition à la construction de la mosquée, mais elle dénonce également les contestataires qui profitent de l’occasion pour attiser les tensions ethniques, à ne pas confondre avec « les manifestants venus ici qui ne sont pas contre les musulmans ou contre leur religion mais qui sont contre la réalisation d’une construction sur ce terrain ».

Sur un des sites proposés par la municipalité

L’Église orthodoxe russe s’est abstenue de soutenir ouvertement les opposants à la mosquée. Un porte-parole du Patriarcat de Moscou, cité par l’agence Interfax le 20 septembre dernier, a indiqué que l’Église orthodoxe ne s’opposait pas à la construction d’une nouvelle mosquée. Mais elle reproche aux autorités municipales de ne pas permettre la construction parallèle d’une église orthodoxe en ce même lieu.

Marat-Khazrat Mourtazin, le vice-président du Conseil des muftis de Russie, rappelle qu’en 2008, le Conseil a demandé aux autorités de Moscou de fournir un terrain pour une mosquée et une école religieuse. La Ville a proposé plusieurs sites et le Conseil a choisi Tekstilchtchiki comme emplacement.

Pour Mourtazin, la construction d’une mosquée répond indéniablement à une nécessité dans le quartier : « Les musulmans ont besoin d’un endroit pour prier. 500 personnes ont signé la pétition pour s’opposer à ce projet parce qu’elles veulent sortir leurs chiens ou boire leur bière dans le parc. Je ne pense pas qu’avec de tels arguments, elles puissent vraiment faire le poids à côté des 200 000 musulmans qui vivent dans le quartier de Tekstilchtchiki ».

CHIFFRE CLÉ

4 mosquées pour une communauté de 2 millions de musulmans en croissance rapide. Moscou compte 900 églises orthodoxes.