Bon Ciné de Russie (+Multimédia)

RBTH



Pour découvrir le cinéma russe, il n’est pas besoin d’éplucher les programmations des salles d’art et d’essai de toute la France. Le Forum des Images profite de l’année croisée pour rendre visible une production finalement peu connue. Des classiques soviétiques aux jeunes réalisateurs, du documentaire au film d’animation, du drame à la comédie musicale, c’est l’occasion de se plonger dans les incontournables, peut-être certains qu’on ne connaît que de nom (Octobre de Eisenstein, Quand passent les cigognes de Kalatozov, Le Miroir de Tarkovsi), ainsi que de s’ouvrir aux nouveaux venus (Pavel Sanaev, Boris Khlebnikov…). Le tout en version original sous-titrée, souvent pour la première fois. La sélection tord le cou aux idées reçues : « Je ne pensais pas que le cinéma russe pouvait être drôle », confesse une spectatrice néophyte venue accompagner une amie Russe que la remarque fait sourire.

Pour aborder la production prolifique d’un pays où le gigantisme fait loi, le Forum a choisi deux prismes : Moscou et Saint-Pétersbourg. Deux villes souvent opposées : Moscou l’ancienne, la slave et Saint-Pétersbourg la jeune, l’européenne, mais qui de Staline à Poutine sont le même théâtre d’un incroyable mouvement de l’Histoire. Comme à son habitude, le Forum organise autour des projections, conférences, master-class, concerts, présentations de films par des spécialistes ou par les réalisateurs eux-mêmes. Ainsi, durant les deux mois du cycle, Pavel Louguine (L’île, Ivan le Terrible), Valeri Todorovski (Les silencieuses, Les Zazous) ou Alexandre Sokourov (L’arche russe, Alexandra) viendront commenter leur travail et répondre aux questions des spectateurs.

Un projet de grande envergure qui nécessitait un travail d’investigation, comme l’explique Isabelle Vanini, programmatrice du forum et auteur de ce cycle : « J’ai vu des centaines de films et j’ai éliminé, à part certains classiques, ceux que l’on pouvait voir ailleurs. » Beaucoup d’inédits donc, et la nécessité de sous-titrer près de trente films. Cette ambition s’est réalisée grâce une collaboration étroite entre les deux pays et la participation financière du ministère de la culture de la Fédération de Russie. Le cinéma russe contemporain se dévoile, et contrairement à ce que donnent à voir les distributeurs français, il n’a pas disparu en même temps que le mur de Berlin.

Le succès est au rendez-vous, même un jour de grève. Et l’on s’étonne de constater que la présence du public est tout aussi forte pour des œuvres récentes, dont les réalisateurs n’ont pas grande renommée en France, que pour le film de fin d’études de Tarkovski (Le rouleau compresseur et le violon). Magnifique morceau, où en de longs plans silencieux il capte toute l’ambigüité de l’enfance et la nostalgie qu’elle suscite dans le regard d’un adulte qui en connait le prix. Au dessus de l’eau sombre, un des premiers films de Dimitri Meskhiev, explore, lui, le Leningrad des années 1960. Inspiré par la nouvelle vague française aussi bien que par le néoréalisme italien, il offre une mise en scène fantasque, construite à la manière d’un puzzle. Une histoire d’amour nostalgique et passionnée où les personnages, d’une génération écartelée, poursuivent désespérément panache et absolu.

Bien sûr lorsqu’un réalisateur s’exprime, les rires fusent avant la traduction française. Pour autant il ne faut pas croire ce festival réservé aux Russes, même si leur présence est d’importance (un peu plus de la moitié du public). Les jeunes ne sont pas en reste et commentent avec gourmandise leur initiation à la culture de l’est : « J’espère qu’il existe en dvd, il faut absolument que je revoie ce film ! » Ce n’est le plus souvent pas le cas, et ce cycle est l’une des rares occasions d’appréhender la richesse d’un cinéma, mystérieusement passé de mode, mais dont le passé promet un bel avenir.

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