Le compte parle au nom d’Ivan Sergueïevitch Zemtsov, conseiller secret et chargé de missions spéciales au bureau du ministre de l’Intérieur Alexandre Protopopov. Par sa fonction (le ministère occupait alors la place centrale dans la hiérarchie des instances du pouvoir russes), Zemtsov recevait des informations de première main sur la situation dans l’Empire russe, qui vivait alors ses derniers jours.

Zemtsov est un monarchiste convaincu. Pourtant, comme il observe le mécontentement toujours grandissant du public face aux opérations pas très réussies des armées russes sur les fronts de la Première Guerre mondiale, il est de plus en plus persuadé que la révolution est inévitable. Il estime que, pour préserver l’empire, le tsar Nicolas II doit faire des concessions au public libéral et former un « ministère responsable ». Ce terme désignait alors le gouvernement formé par les partis représentés à la Douma d’État, le parlement russe.

Sa réputation de libéral conservateur permettra à Zemtsov de continuer son service même après le renversement de la monarchie. Il apportera son soutien au Gouvernement provisoire, espérant d’abord que la monarchie constitutionnelle serait établie en Russie, puis craignant le renforcement de l’influence des soviets en période de dyarchie, lorsque le pouvoir du Gouvernement provisoire sera contesté par le Soviet des députés ouvriers et des délégués des soldats de Petrograd.

Ivan Zemtsov commence ses notes par l’assassinat de Grigori Raspoutine, ami de la famille impériale, qui aidait Alexis, leur fils et héritier du trône gravement malade, comme le pensaient l’empereur et son épouse. Le 30 décembre 1916 (en réalité, 2016), Zemtsov note : 

La mort violente de l’ami tout-puissant du tsar fit une immense impression sur le public. « Les habitants de Petrograd ont appris l’assassinat de Raspoutine. L’ambassadeur français disait que les passants se serraient dans les bras et allaient mettre des cierges à la cathédrale de Kazan », écrit Zemtsov à propos de la réaction des habitants de Petrograd face à l’assassinat brutal du « sage ».

La mort de Raspoutine fut un prélude à la violence qui envahira ensuite le pays pendant plusieurs années. Elle fera des millions de victimes, dont toute la famille du dernier monarque russe.

Toutes les dates des publications d’Ivan Zemtsov correspondent au calendrier grégorien. Il diffère du calendrier russe de l’époque et le devance de 13 jours.

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