Les monstres du folklore russe sont encore vivants

14 mai 2014 Georgi Manaev, RBTH
Les anciens Russes vénéraient une série de dieux universels et d’esprits païens locaux, à tel point que beaucoup d’entre eux font encore partie de la culture actuelle. RBTH revient sur certaines légendes du folklore russe, ainsi que sur les secrets de leurs origines.

La Russie a adopté la chrétienté au 10ème siècle. Mais dans certaines régions, il a fallu utiliser la force militaire pour imposer cette nouvelle religion car les peuples slaves possédaient déjà des cultes païens puissants qu’ils ne souhaitaient pas vraiment abandonner.

Malgré l’interdiction des dieux païens, certains esprits locaux ont perduré : pendant des siècles, ils ont prévenu les populations contre les dangers de la nature comme les noyades, l’empoisonnement au monoxyde de carbone ou les prédateurs des forêts. Les esprits des contes « apprenaient » également aux gens à être polis, propres et travailleurs.

 

Le vodianoï


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Le « vodianoï » (littéralement « celui qui est dans l’eau ») est largement présent dans le folklore car la Russie est un pays de rivières, de lacs et de mers constituant d’importantes voies commerciales. Le culte du viodianoï était plus fort dans le nord de la Russie, près de la mer Blanche.

Bien plus qu’un simple triton (les tritons et sirènes étaient ses serviteurs et ses enfants), il est le roi des fonds marins et devait par conséquent être vénéré et craint. Ayant la peau noire ou bleue, avec une nageoire et une queue de poisson, il se montre principalement la nuit et peigne ses poils emmêlés de couleur « algue » sur les bords de la rivière.

Les règles de communication avec le vodianoï sont simples. La nuit, toute interaction avec les fleuves et les lacs comme se servir de l’eau, traverser la rivière ou pêcher étaient interdite. Quant à la nage, elle était prohibée durant les grandes fêtes car beaucoup de personnes étaient ivres. Il était également préférable ne pas se vanter d’être bon en natation et endurant, le vodianoï repérant vite les fanfarons.

Il ne tue pas les personnes noyées mais les amène simplement dans son royaume afin qu’elles deviennent ses serviteurs jusqu’à la fin des temps. C’est pourquoi ceux qui se sont noyés (ou suicidés) n’étaient pas enterrés dans les cimetières orthodoxes : cela pouvait fâcher le vodianoï et causer la sécheresse ou la grêle.

Le léchi


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Le « léchi » (« l’homme de la forêt ») est l’esprit folklorique le plus effrayant, mais aussi le plus joyeux. Gigantesque par la taille et couvert de fourrure animale, il est le maître de toutes les créatures des bois. Le léchi n’est jamais calme, voyageant toujours à travers la forêt et jouant des tours aux visiteurs insouciants.

Sa blague préférée consiste à pousser les gens à s’égarer dans les bois en se faisant passer pour un proche ou en proposant à la personne de la mener chez elle, par exemple. Il est cependant possible de distinguer le léchi de son père ou de son papy grâce à certaines caractéristiques : des cheveux anormalement longs, des yeux d’animaux et un détail vestimentaire qui ressort (comme un chapeau ou une ceinture de couleur rouge).

Le léchi veut toujours fumer et ne rate jamais une occasion d’emprunter du tabac aux passants. Il aime également les célébrations et peut même se transformer en villageois pour s’immiscer dans une fête de campagne.

Il est cependant très important de se débarrasser rapidement de cet invité encombrant : s’il devient ivre et se met à danser, tout le village sera sens dessus-dessous sous les pas lourds de l’ancien esprit devenu fou.

Pour éviter de se faire embrouiller ou d’être chassé par le léchi, il faut lire une prière. Plusieurs autres méthodes existent toutefois, insulter étant l’une des plus efficaces. Tous les esprits russes ont peur des obscénités, parfois même plus que des prières. On peut aussi mettre ses habits à l’envers ou échanger la chaussure droite avec la gauche pour faire fuir le léchi.

Il vaut cependant mieux ne pas se frotter à lui : ne vous promenez pas seul dans la forêt, ne vous disputez pas, ne batifolez pas, ne faites pas de bruit dans les bois, et surtout, n’y restez pas la nuit. Si vous n’avez néanmoins pas d’autre choix, ne dormez pas sur un sentier.

Selon la légende, chacun de ces actes met le léchi hors de lui. Il s’agit évidement davantage de mesures de précaution pour empêcher les mauvaises rencontres avec des prédateurs de la forêt. La légende incarne-t-elle collectivement ces derniers dans le léchi ? Peut-être, mais peu ont eu le courage de nier l’existence du roi de la forêt.

Le domovoï


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Le « domovoï » (« celui qui est dans la maison ») est sans aucun doute le plus important des esprits russes. À l’instar du « brownie » britannique, il vit à l’intérieur des maisons et peut aider dans les tâches ménagères en échange d’un peu de nourriture.

Mais les similitudes s’arrêtent à peu près là. Alors que les brownies sont de petites créatures vivant en groupe, le domovoï appartient au domicile d’une certaine famille et incarne l’esprit de l’ancêtre, raison pour laquelle on l’appelle souvent « grand-père ». Il est d’ailleurs censé être âgé de plusieurs centaines d’années.

Lorsqu’une famille emménage dans une nouvelle demeure, son membre le plus âgé doit notamment inviter le domovoï du domicile précédent.

En tant qu’aïeul, le domovoï veille sur ses descendants et leur donne un coup de main dans la maison. Il vole cela dit parfois des objets pour sa propre utilisation. Vivant sous le poêle, dans la partie la plus repoussante et la plus sale de la maison, le domovoï est toujours présent mais se montre rarement.

Il est généralement représenté en vieil homme barbu avec des yeux brûlants sans sourcils, des oreilles de cheval pointues et une queue. La plupart des rencontres avec le domovoï ont lieu la nuit lorsqu’il « étouffe » les personnes qui dorment, non pas pour les agresser mais pour prévenir qu’un danger menaçant la maison ou la famille. Si la famille ne tient pas compte de ses avertissements, le domovoï peut devenir violent et faire du boucan en lançant des objets dans la maison ou en blessant les chevaux ou le bétail.

Pour éviter une telle situation, il existe aussi des règles à suivre. 

Lorsque l’on quitte la maison pour une longue durée, il faut « s’asseoir en vue du voyage » : une fois que les bagages sont faits, posez-vous pendant un moment en silence afin de prendre congé de l’esprit de la maison.

La nuit, aucun couvert et aucune nourriture ne doivent rester sur la table car le domovoï pourrait les utiliser à ses propres fins ou « salir » les aliments. Les insultes ne sont pas non plus tolérées à l’intérieur du domicile, en particulier autour de la table.

Le domovoï, à l’instar des autres esprits, hait et craint les injures. Les disputes et querelles sont également susceptibles de le fâcher, tout comme le manque d’ordre dans la maison en général.

Aujourd’hui, les Russes vivent principalement dans les villes et bourgades. Ils ont donc peu de chances de tomber sur un vodianoï ou un léchi. Les croyances liées au domovoï sont encore fortement présentes dans certaines familles traditionnelles. Le domovoï moderne n’étouffe toutefois plus les gens.

Savez-vous pourquoi ? Parce que désormais, les poêles n’existent plus et l’« étouffement » par le domovoï était un moyen utilisé par les Russes pour expliquer l’empoisonnement au monoxyde de carbone, qui arrivait très souvent dans les maisons sans cheminée. Même si les esprits folkloriques russes disparaissent petit à petit, ils restent très importants dans la culture nationale.

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