Modernité et tradition pour le nouveau centre culturel de Paris

La nouvelle église russe de Paris sera un centre cultuel et culturel de 4 bâtiments à l’architecture intégré dans le paysage urbain du quartier, tout en respectant les obligations canoniques de l’église orthodoxe russe. La première pierre devrait être posée en juin prochain par de très hautes personnalités russes et françaises, après quatre ans de péripéties politico-administratives.
Vue depuis le Quais Branly. Créfdit : Wilmotte&Associes SA
Vue depuis le Quais Branly. Créfdit : Wilmotte&Associes SA

Le projet, présenté le 17 janvier à la presse, est exposé au public pendant le week-end du 18-19 janvier dans la résidence de l’ambassadeur de Russie, rue de Grenelle, exceptionnellement ouverte à tous les visiteurs. L’architecte Jean-Michel Wilmotte, réalisateur du projet, et M. Vladimir Kojine, intendant du Kremlin ont dit au cours de la conférence de presse de présentation espérer que le début des travaux se ferait dès le 1er trimestre de 2014 et que tout devrait être livré dans deux ans.

Autour de l’église elle-même, il y aura une salle d’exposition, un centre paroissial avec toutefois une cafétéria « à la russe » ouverte au public et une école franco-russe non confessionnelle pour 150 élèves accueillis dans 5 salles de classes de trente. Le projet initial ne prévoyait pas d’école mais la communauté russe de France, appuyée par l’ambassadeur de Russie, Alexandre Orlov, l’a demandée et a été entendue par les autorités de Moscou. Le tout est construit en pierre de Bourgogne feuilletée et dans un style moderne sans ostentation. C’est la pierre de taille la plus répandue dans ce très « beau quartier » de Paris, proche de la Tour Eiffel et au bord de la Seine.  

L’église elle-même est bâtie dans l’esprit des églises russes des XV-XVII siècles des villes historiques de Vladimir et Souzdal et des cathédrales du Kremlin de Moscou, avec des murs massifs de couleur ocre clair, ici allégés par des incrustations en verre et l’effet feuilleté. Les cinq coupoles, grandes et couvertes d’or mat, ce qui devrait moins contrarier des esprits chagrins, sont en forme de bulbes, très associés à l’image de la Russie pour le public français. Le tout est moins haut que ne le permet le PLU, pour rester à hauteur et volume compatible avec les constructions environnantes. Le clocher est, comme l’exige la tradition canonique russe, situé à part en haut de la salle des expositions. Le tout occupe 4.650 m2 à l’angle du quai Branly et de l’avenue Rapp, précédemment dévolus à deux bâtiments de météo France qui doivent être démolis tous les deux. Le projet prévoit une voie de passage privée mais ouverte le jour au public, un dégagement d’une partie du Palais de l’Alma, mitoyen, jusqu’à présent dissimulé à la vue, et des espaces végétalisés. Jean-Michel Wilmotte a beaucoup insisté sur cette ouverture et le caractère aéré du projet en rendant hommage aux Russes pour avoir accepté de ne pas construire sur toute la surface à laquelle ils avaient droit (8.000 m2). « Peu de promoteurs acceptent de faire ça aujourd’hui », a reconnu M. Wilmotte. Il a aussi précisé qu’une partie des murs du Palais de l’Alma mitoyen serait restauré aux frais des Russes.

Crédit : Wilmotte&Associes SA

Les fresques intérieures sont de la compétence de l’église orthodoxe russe mais il semble qu’elles seront-elles aussi peintes dans l’esprit de l’époque des célèbres peintres d’icônes et de fresques Andrei Roublev ou Théophane le Grec. M. Kojine a précisé que des écoles russes avaient maintenant retrouvé le savoir-faire de l’époque et a laissé entendre qu’une école de Saint-Pétersbourg lui paraissait la mieux placée. Elle interviendrait comme sous-traitant du géant du BTP Bouygues, qui est chargé la construction, a dit M. Kojine.

Le projet « n’est plus du tout dans l’esprit du concours de 2011 » qui avait confié le projet à un autre cabinet d’architectes mais avait été ensuite contesté par le maire de Paris Bertrand Delannoé, insiste Mme Borina Andrieu, directrice responsable du projet au cabinet de l’architecte Jean-Michel Wilmotte qui a réalisé la nouvelle version. Cette dernière a cette fois été acceptée par la Préfecture de Paris le 24 décembre 2013, sans soulever d’objections du maire sortant de Paris.

Contexte

Au printemps 2010, en pleine année croisée France-Russie, la Russie avait remporté l’appel d’offres pour acquérir ce terrain magnifiquement situé dans un des plus beaux et des plus visibles quartiers de Paris. Le prix d’achat n’a jamais été confirmé mais le chiffre le plus communément avancé est de l’ordre de 60 millions d’euros. Un appel à projets avait été lancé très rapidement et 10 candidats ont été présentés au public et à un jury, comprenant des Russes et des Français, des représentants de l’église orthodoxe russe et de la Mairie de Paris. En mars 2011, le jury a voté en faveur de l’architecte espagnol Manuel Nunez Yanowsky. Ce dernier, en équipe avec des architectes russes et français, proposait une église recouverte d’une « canopée » en verre symbolisant le voile de la Vierge. Les représentants de la Mairie de Paris défendaient avec ardeur, selon les témoignages des membres du jury d’alors, un projet présenté par Frédéric Borel et associés, qui avait déjà des projets en cours avec l’équipe du maire Bertrand Delannoé. Son projet, résolument moderne, voire moderniste et comportant au moins autant d’éléments kitch que celui de Nunez, évoquait une forme de minaret.  

Crédit : Wilmotte&Associes SA

En janvier 2012, la Russie dépose une demande de permis de construire à la Préfecture. Coup de théâtre : le maire de Paris Bertrand Delannoé s’y oppose et fait des déclarations très hostiles aux plans de l’architecte Nunez, le traitant de « pastiche » et rejetant l’idée de canopée. Ce qui surprend c’est qu’il promeut en revanche, malgré des difficultés techniques et un coût prohibitif, au centre de Paris, au-dessus du quartier des Halles qu’il a décidé de reconstruire. De plus, la future église se trouve sur les bords de la Seine, où le maire a ses projets qui se heurtent à l’opposition de la maire de droite du 7ème arrondissement et ancienne ministre Rachida Dati. On peut vraisemblablement y ajouter la pression d’une partie de son entourage, volontiers violemment anti-russe et viscéralement hostiles au président russe Vladimir Poutine. Il faut aussi ajouter que d’autres objections, plus techniques, ont été opposées au projet Nunez par d’autres organismes.

Les Russes sont d’abord embêtés, ne comprenant pas très bien pourquoi une opposition aussi violente survient alors que la ville faisait partie du jury et ne sachant pas quoi faire à l’égard de Nunez car le Concours ne prévoyait pas de dédit. Nunez Yanowsky se lance du reste actuellement dans des poursuites judiciaires pour tenter d’obtenir des dommages et intérêts. M. Kojine a précisé que malgré le fait que « la décision d’annulation n’est pas du fait des Russes mais des responsables urbains français, la Russie a entièrement indemnisé Yanowsky ». Selon lui, ce dernier, ne peut plus rien obtenir et sa démarche est plutôt « émotionnelle ».

Borina Andrieu, directrice du cabinet Jean-Michel Wilmotte, chargée du projet de l'église russe :

La grande force du projet c'est que c'est également un projet urbain. Nous avons su « dédensifier » d'un coté la parcelle. Donc on construit beaucoup moins que sur la parcelle existante et que les bâtiments existants. Et on ouvre une voie, une liaison visuelle entre l'avenue Rapp et le quai Branly et en même temps, c'est un passage semi public qui sera ouvert et qui a une largeur de 8 à 14 m selon les endroits. Nous avons mis en exergue aussi le Palais de l'Alma qui n'était absolument pas visible. Il y a toute une façade est qui est mise en valeur.

Comme le permis de construire est délivré par la préfecture et non le maire et que Nicolas Sarkozy est encore au pouvoir, la partie russe en reste au droit et au respect des décisions du jury, attentive toutefois à d’éventuelles objections techniques. Avec la victoire de François Hollande, du même camp que Delannoé, il est clair que la préfecture ne donnera pas le permis. En novembre 2012, la Russie retire son projet. Un groupe de travail franco-russe est constitué. Le cabinet J.M Wilmotte, qui était arrivé second au concours et qui vient alors de remporter le projet du Grand Moscou en Russie tout en ayant l’habitude de travailler à Paris, avec la Mairie et d’autres partenaires, se voit confier la tâche de proposer un nouveau projet qui soit cette fois accepté. Il aurait aussi l’avantage d’éviter certains écueils techniques auxquels se heurtait le projet Nunez.

La plus grande discrétion a été observée cette fois sur la préparation du projet. Le Patriarche Cyrille (Kirill), chef de l’église orthodoxe de toutes les Russies, a donné sa bénédiction aux plans, et a même fait quelques suggestions, selon l’ambassadeur Alexandre Orlov. M. Wilmotte s’est dit « très impressionné par l’entrevue lumineuse avec le patriarche ».

La première pierre devrait être posée le 6 juin, à l’occasion de la commémoration du débarquement, ou le 12, pour la fête nationale russe de la Constitution post soviétique qui a vingt ans cette année. Les travaux de construction seront réalisés par Bouygues et on invite chez Wilmotte à s’adresser à cette compagnie de BTP pour connaitre le prix.

 

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