L’époque de l’Art nouveau russe, qui durait depuis un quart de siècle, a été interrompue par la première révolution et la précipitation des événements historiques qui l’ont suivie. Le style moderne russe n’a pas trouvé sa place dans le nouvel état socialiste. L'URSS s’est incarné architecturalement dans le constructivisme.

Néanmoins, les bâtiments Art nouveau ont eu le temps, en 25 ans seulement, d’orner le centre historique de Moscou, qu’ils occupent encore à ce jour, avec leurs enceintes de fleurs alambiquées, telle la mémoire sibylline de l’Empire disparu.

À la fin du XIXe siècle, Moscou dépassait toutes les grandes villes d’Europe par la densité de ses bâtiments. Grâce à une génération de jeunes industriels qui ont fait leurs études à l’étranger, dans le centre de la capitale se sont élevés de nombreux bâtiments dans le style moderne.

On trouve aujourd’hui ces édifices le long des boulevards, dans le quartier du vieil Arbat et sur la rue Tverskaïa, dans les ruelles de Kitaï-Gorod et sur les aristocratiques rues Povarskaïa et Pretchistinka.

À ses débuts, l’Art nouveau ne fit pas l’unanimité. La mère du riche marchand moscovite, Arseny Morozov, a sèchement déclaré : « Avant j’étais la seule à savoir que mon fils était un imbécile. Maintenant tout Moscou est au courant ».

Visites guidées en français

La célèbre guide moscovite Ilona Gorskaya organise des visites pédestres, en français, des monuments architecturaux de la fin XIXe-début XXe. L’association »Tours by locals » propose des guides francophones pour des visites individuelles de Moscou, consacrées à l’architecture, la littérature, les personnalités et autres aspects intéressants de l’histoire de la ville. L’agence « Tours in Russia » propose des visites guidées de l’architecture Art nouveau à Moscou : à pieds ou en bus.

Ses tourelles ouvrées, colonnes torsadées, balcons sculptés et coquillages ornant toute la façade ont valu à l’immeuble le nom de « Palais mauresque ». Non loin du Kremlin, l’hôtel particulier créé par l’architecte Victor Mazyrine est soumis à l’époque à une critique acerbe de la société moscovite.

Pendant ce temps, Le Corbusier lui-même distinguait le non moins tarabiscoté immeuble d’appartements sur le boulevard Strastnoï, construit en 1899-1902 par Proskourine et von Goguen.

L’architecte français, participant à l’élaboration du document d’urbanisme de Moscou comme capitale d’un « nouvel état », proposa de créer une « ville rayonnante » idéale. À cette fin, il suffisait de raser tous les immeubles de la ville, en ne laissant que le Kremlin et le Bolchoï.

Mais Le Corbusier prit soin d’inscrire sur la liste des monuments à conserver le fameux immeuble d’appartements, tant il fut impressionné par les façades richement décorées, ornées de chauves-souris, salamandres, anges mécontents, Loreleis et gargouilles.

 Ces dernières ont d’ailleurs inspiré l’appellation populaire de cet immeuble : « la maison aux gargouilles ».

L’un des classiques du style moderne russe est Franz Schechtel, l’architecte de la gare de Iaroslavl, de l’hôtel particulier de Derojinskaïa, du théâtre d’art de Moscou dans la rue Kamerguerski et de beaucoup d’autres édifices.

D’ailleurs, la mouette qui vole sur fond d’une vague, inventée par Schechtel pour le rideau du théâtre, est restée l’emblème officiel du MKhAT.

Manoir de l'architecte Kekoushev, construit dans les années 1900-1903. Crédit photo : Lori/legion media

Il est remarquable que Schechtel ait dessiné l’un de ses meilleurs projets, l’hôtel particulier Morozov, sans avoir fait d’études d’architecture. Savva Morozov, promu de l’université de Cambridge, a donné à l’architecte une liberté absolue, en définissant seulement le style souhaité : néogothique anglais. 

Morozov y a caché par la suite le révolutionnaire Baumann : lors d’une réception organisée en l’honneur du gouverneur général de Moscou, le compagnon d’armes de Lénine était assis à ses côtés alors que la police était à ses trousses.

Un autre projet célèbre de Schechtel est l’hôtel particulier des Riabouchinsky, sur la rue Malaïa Nikitskaïa. Après la révolution, l’écrivain Maxime Gorki y a vécu. Son style architectural a été surnommé « moderne prolétaire ». 

Le projet de Schechtel qui a fait le plus de bruit est celui qui n’a jamais vu le jour – un mausolée de Lénine en forme de pyramide en verre. Schechtel a eu une sorte de prémonition : le monument qu’il proposait d’intégrer à l’ensemble architectural de la place Rouge ressemble à la pyramide du Louvre.

Le premier et l’un des maitres de l’Art nouveau à Moscou, Léonid Kekouchev, a inauguré sa carrière en construisant son propre hôtel particulier dans la rue Glazovski.

Son portfolio est composé d’un grand nombre d’édifices moscovites remarquables : une série d’hôtels particuliers dans le quartier prestigieux de l’Ostojenka, des immeubles d’appartements à Khamovniki, non loin de là, l’hôtel Métropol avec téléphones et eau chaude dans les chambres (inédit pour le début du XXe siècle).

En 1906, le premier cinéma à deux salles de la capitale a ouvert ses portes dans l’hôtel. Le style de Kekouchev est comparé à l’Art nouveau franco-belge de Victor Horta.

Principaux chefs-d’œuvre

 


 Art Nouveau à Moscou

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La maison Z.Morozova

C'est l’espace de réception du Ministère des Affaires étrangères de la Russie, malheureusement inaccessible. Adresse : Spiridonovka, 17. Crédit photo : Lori / Legion media

L’hôtel Metropol
À deux pas de la place Rouge. Ne vous arrêtez pas aux façades et mosaïques, l'intérieur est non moins surprenant. Adresse : Teatralny proezd, 2. Crédit photo : Lori / Legion media

La gare de Iaroslavl
L'architecte Schechtel s'est inspiré des cimetières, comme en témoigne le toit noir de l’édifice. Adresse : place Komsomolskaïa, 5. Crédit photo : ITAR-TASS


Le MKhAT de Tchékhov
L’entrée du théâtre est surplombée par un bas-relief représentant un nageur, exécuté dans le style Art nouveau. Le restaurant du théâtre vaut le détour, ainsi que n’importe quel spectacle de l’une des principales scènes de Russie. Adresse : Kamerguerski, 3. Crédit photo : ITAR-TASS

L’hôtel particulier des Riabouchinsky
L'hôtel abrite aujourd’hui le musée Maxime Gorki. Ouvert tous les jours de 11:00 à 16:00, entrée libre. Visites en russe seulement. Adresse : Malaïa Nikitskaïa, 6. Crédit photo : Lori / Legion media